« Je suis venu donner mon sang. Mon nom est Décébal Hormuz. » Le jeune homme de dix-neuf ans qui prononce fièrement ces paroles de son allure si juvénile, est en uniforme. Il semble fragile, bien qu’il fût chasseur alpin. La jeune fille qui l’écoute est Roxana Paléologue, issue de l’illustre famille qui régna sur Byzance et est apparentée à toutes les familles royales européennes. Elle dirige la Croix Rouge depuis l’immense château de ses ancêtres. On l’appelle Domnitza, ce qui signifie « la souveraine ». « Tout le monde l’aime à cause de sa beauté ». Nous sommes en Roumanie le 21 mai 1944.
Décébal est déjà connu car c’est un poète. Il a écrit « L’invitation au combat », un poème qui a fait le tour du pays. Son frère de sang s’est engagé après avoir lu le poème. Il est mort et depuis, Décébal porte deux montres, la sienne et celle de son frère. Le médecin de la Croix-Rouge révèle à Domnitza que Décébal est devenu orphelin dans des circonstances tragiques et que la famille Paléologue a une responsabilité dans le drame familial qu’il lui raconte. Troublée par la personnalité du poète, « frappée par ses châteaux intérieurs comme disait Sainte Thérèse d’Avila », Domnitza le prend sous sa protection. Leur histoire commence.
Les lecteurs de ce blogue - Les livres d'Antoine_ connaissent déjà bien Virgil Gheorghiu : Les immortels d’Agapia, La Condottiera, Le meurtre de Kyralessa, Dracula dans les Carpates, sont déjà chroniqués. Et l’on ne se lasse pas de découvrir d’autres romans de ce grand écrivain.
Dieu ne reçoit que le dimanche est un roman d’une saisissante force. Remarquablement écrit, il nous entraîne dans le sillage de deux personnages exceptionnels. Tout est surprenant, parfois déconcertant, toujours passionnant. Les coups de théâtre se succèdent, tragiques et grandioses, l’auteur nous entraîne toujours plus loin, jusqu’à la dernière page.
Virgil Gheorghiu n’est guère réédité aujourd’hui ce qui est incompréhensible. Réfugié en France, il écrivait directement en Français dans un style très pur et très personnel. Ne passez pas à côté de ce grand roman.
Constantin Virgil Gheorghiu est un écrivain roumain, prêtre orthodoxe.
De 1928 à 1936, il fait ses études à l'école militaire de Chişinău. Durant cette période, il compose des poèmes dont certains sont publiés dans la presse.
En 1936, il fait véritablement ses débuts littéraires à Bucarest. Il vit de divers petits emplois, et suit des études à la faculté de Philosophie de Bucarest. Il se marie en 1939 avec Ecaterina Burbea. Il reçoit en 1940 le Prix Royal de poésie pour son recueil Calligraphies sur la Neige. En 1943, il est nommé attaché culturel à l'ambassade de Zagreb. C'est en Croatie qu'il entend par la radio, le soir du 23 août 1944, l'annonce par le roi Michel de la capitulation sans condition de la Roumanie face à l'Armée rouge.
C'est le début de quarante-cinq ans d'un régime de terreur et de servitude. Son épouse et lui sont arrêtés par les Américains en 1945, pour le motif que « les ennemis des Soviétiques sont aussi les ennemis des Américains ». Ils sont libérés en 1947, et se retrouvent à Heidelberg, dans des conditions précaires. Virgil s'inscrit à la faculté de Théologie, et se remet à étudier et à écrire. Mais il souffre de la faim et sa santé est chancelante.
En 1948, après trois tentatives infructueuses, ils parviennent à traverser la frontière française. C'est à Heidelberg, quelques mois après sa libération, que Virgil Gheorghiu a écrit La vingt-cinquième heure. Il arrive à Paris avec le manuscrit de son livre. Le philosophe et écrivain Gabriel Marcel, directeur littéraire chez Plon, en prend connaissance et en réclame immédiatement une traduction française. Le livre, préfacé de façon exceptionnelle par Gabriel Marcel, sort en librairie au printemps 1949. Il est très vite traduit et édité dans le monde entier, à l'exception des pays emprisonnés derrière le rideau de fer.
En 1967, Henri Verneuil réalisera le film tiré de cette œuvre, avec Anthony Quinn dans le rôle du paysan Iohann Moritz, et Serge Reggiani dans le rôle du fils du prêtre Koruga, Traian, celui qui prend conscience que la vingt-cinquième heure est arrivée.
Le 23 mai 1963, Virgil Gheorghiu est ordonné prêtre de l'Église orthodoxe roumaine de Paris. En juin 1966, le patriarche de Roumanie accorde au prêtre écrivain la croix de patriarchie roumaine, pour ses activités liturgiques et littéraires.