L'Or des rivières
" Je n'ai pas le don des titres. Jusqu'à l'heure de l'impression, mes romans ne portent que le nom du héros ou de l'héroïne. Je reste dans la ligne des romanciers réalistes du XIX° siècle..."
ZELIE, novembre 2026 :
Romancière connue et appréciée des Français depuis la parution en 1981 de l’inoubliable livre « L’Allée du Roi », suivi de nombreux romans à succès dont « La Première Épouse » ou encore « L’Enfant des Lumières », Françoise Chandernagor, énarque et ancienne conseillère d’État, membre du jury du prix Goncourt, partage dans « L’Or des rivières » son attachement pour sa Creuse natale, où elle demeure plus de la moitié de l’année.
Dans ce récit enlevé et poétique mais aussi émouvant, passionnant et plein d’humour, et à l’écriture magnifique, l’auteur décrit la Creuse comme une île. Ce terme fera sans doute sursauter les géographes et quiconque a traversé la fameuse « diagonale du vide », tant on peine à trouver, même avec beaucoup d’imagination, le moindre lien avec la mer. Or Françoise Chandernagor réussit à merveille non seulement à filer la métaphore, mais à en faire comprendre la justesse au lecteur. Ça n’est pas le moindre des paradoxes de ce département de la « France périphérique », situé au centre de notre pays qui, contrairement à ce que son nom évoque... n’est pas creux, mais vallonné et accidenté, jalonné de ravins et de gorges.
Cette Creuse, chère à son cœur, demeure reculée et inaccessible. Les différents plans d’aménagement du territoire, en construisant lignes de la SNCF ou autoroutes desservant l’Auvergne de Valéry Giscard d’Estaing et la Corrèze de Jacques Chirac et François Hollande, l’ont en effet soigneusement contournée, la ceinturant comme la mer autour d’un îlot et la laissant à l’écart du progrès des Trente Glorieuses. Ainsi, dans les années 1950, le retour en voiture des Creusois « montés à Paris » provoque l’étonnement des villageois... et cause frayeur et accidents aux conducteur et passagers. Le bitume n’a pas encore recouvert les chemins poussiéreux et cahoteux, plus adaptés aux charrettes ou autres vélos qu’aux modernes automobiles.
Cet enclavement préserve une culture villageoise certes austère et rude - les toilettes, même dans une cabane au fond du jardin, y sont inexistantes dans les années 1960 -, mais riche de liens et d’humanité. Point de marginaux dans les villages : les gens « bizarres » sont parfois moqués, mais il ne viendrait à personne l’idée de les abandonner. On leur confie de petites tâches en échange d’un repas, le travail leur offre une certaine dignité. « Le Creusois [malgré un illettrisme qui persistera plus longtemps qu’ailleurs en France], est mieux informé que le Parisien... pas sur la Chine mais sur son voisin. » La langue régionale y est en vigueur jusque dans les années 1970 et l’arrivée de la télévision qui « obtint ce que l’école n’avait pas réussi : [son] éradication. ». Comme dans nombre d’îles, avant le développement du tourisme, les habitants « migrent » pour trouver du travail. Les fameux maçons creusois quittent ainsi chaque année leur famille de la fin de l’hiver aux dernières semaines de l’automne pour travailler sur les chantiers parisiens pour revenir chez eux aux premiers frimas de l’hiver.
Cette « île mystérieuse », protégée par sa végétation foisonnante, a connu de profondes mutations depuis le milieu du XXe siècle, non seulement grâce à l’arrivée d’infrastructures modernes qui ont facilité la vie des habitants, mais aussi, hélas, à cause du changement climatique dont Françoise Chandernagor constate avec inquiétude les ravages sur la faune et la flore.
En égrenant ses souvenirs, elle transmet la nostalgie d’un monde qui disparaît, ce paradis de son enfance qui demeure son refuge, ce lieu qui pour elle vaut tout l’or du monde... ou des rivières. Marion Naux
Des rivières sauvages, des vallées sombres, des gorges, des torrents, des cascades, et, au creux des collines, un lac immense : dans un récit autobiographique, Françoise Chandernagor nous décrit la Creuse, pays des sources et des eaux qui inspira Claude Monet.
Pauvre, secrète et longtemps inaccessible, cette région du Massif central — dont, pendant trois siècles, les fils devaient migrer chaque printemps vers des chantiers parisiens pour survivre —, cette terre granitique vouée au chêne et au genêt, fut le paradis de son enfance. Une enfance à demi paysanne, placée sous l’égide d’un grand-père lui-même « maçon migrant ».
Dans un hameau de dix-sept feux, une enfance libre et buissonnière qui est à l’origine de sa vocation d’écrivain.
À travers le sort de ceux qu’elle a connus dans son village, et les changements économiques ou climatiques violents de ces dernières années, Françoise Chandernagor, avec son art de conteuse, montre la transformation de cette « île » hors du temps, son île battue des vents où, longtemps, on n’arrivait qu’à pied : « Eux savaient où était caché l’or vrai, et ils se promettaient qu’un jour ils reviendraient vers leurs landes familières, reviendraient dans leur village sans route, perdu entre Limoges et Clermont, pour y contempler chaque été, et jusqu’à en être aveuglés, les paillettes de soleil que nos vents fous arrachent aux rivières. »
Fiche technique
- Reliure
- Sous jaquette illustrée
- Parution
- 2024
- Nombre de pages
- 304
- Hauteur
- 21.5
- Épaisseur
- 2.1
- Poids en KG
- 0.366