Il n’y a pourtant pas pire erreur que de voir dans le fascisme un rempart contre la modernité. Car cette idéologie de la violence, de la force, de la dureté, de la guerre, imprégnée de la philosophie antichrétienne de Nietzche et du mythe du surhomme, offrit un visage d’une autre modernité, certes antilibérale et anticommuniste, mais intrinsèquement hostile à la tradition.
RENAISSANCE CATHOLIQUE, Jean-Pierre Maugendre, novembre 2025
[...] Frédéric Le Moal montre de manière convaincante que le projet authentiquement totalitaire du fascisme, reposant sur une forme de statolatrie païenne, n’a pu se déployer en raison des oppositions qu’il rencontrait : le haut patronat du Nord du Pays, le roi Victor-Emmanuel III, l’armée et l’Eglise. Délivré de ces oppositions, le fascisme a ainsi pu déployer son projet authentiquement totalitaire dans l’éphémère république de Salo (septembre 1943- avril 1945). Quant à la permanence du mythe fasciste, certains le vouant aux gémonies, d’autres éprouvant une forme de sympathie romantique pour lui et son esthétique, la raison en est, peut-être, que le fascisme reconnaît, honore et restaure le principe d’autorité aujourd’hui largement remis en cause. Ce qu’observait Jean Madiran dans son ouvrage « Les deux démocraties » notant « la manière inadéquate, incertaine ou erronée » dont ce principe était vécu.
Merci à Frédéric Le Moal pour son précieux, dense et synthétique travail qui nous rappelle de manière opportune que la modernité engendre par nature le totalitarisme et que le fascisme n’en fut qu’un des avatars, sans doute moins mortifère que d’autres, mais certainement pas une réaction salutaire aux conséquences délétères de cette même modernité.
L’auteur passe le fascisme au tamis de cinq questions :
- trouve-t-il son origine dans les Lumières ? ;
- est-il d’extrême-droite ? ;
- est-il révolutionnaire ? ;
- est-il totalitaire ? ;
- est-il compatible avec le catholicisme ?
Au terme de son enquête historique, il conclut que le fascisme a disparu en 1945 et qu’il était une incarnation de la modernité, différente du libéralisme et du communisme, mais en opposition totale avec la tradition catholique.