Wilhelm von Ketteler - L'église devant l'état
Inventeur de la démocratie chrétienne, précurseur de la doctrine sociale de l’Église, pionnier de l’attestation charitable et civile, Wilhelm von Ketteler fut un visionnaire.
Les crises actuelles des démocraties occidentales ne sont peut-être que l'un des symptômes de la défaillance des Etats modernes, chancelants sous le poids de leurs incohérences, de leur volonté de toute puissance, écrasés finalement sous la chappe de liberté, de sécurité et de bienséance dont ils ont prétendu protéger l'individu réduit au stade d'administré.
L'HOMME NOUVEAU, 9 mars 2023 :
Figure du Zentrum, Mgr von Ketteler, évêque de Mayence, fut dès ses débuts un défenseur de la cause ouvrière, ardent prédicateur contre l’injustice des riches, promoteur du corporatisme et des institutions de soutien aux pauvres comme la Kolpingsfamilie, dont les idées se retrouveront plus tard dans Rerum novarum. Wilhelm Emmanuel von Ketteler (1811-1877), l’un des pères fondateurs du Zentrum, joua un rôle magistral dans l’élaboration d’un authentique catholicisme social en Allemagne, capable d’offrir une alternative solide tant face au capitalisme outrancier répandu au temps de la révolution industrielle que face à la diffusion de l’idéologie marxiste dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
« L’évêque social » Issu d’une vieille famille de la noblesse munsteroise, Ketteler fut ordonné prêtre en 1844 après des études de droit et de théologie. Sa vocation sacerdotale ne l’empêcha pas de s’engager en politique. Après la révolution de mars 1848, il fut élu député à l’éphémère assemblée nationale de Francfort. Il renoua avec la vie parlementaire en intégrant le Reichstag, en 1871-1872, comme membre du Zentrum, dont il fut l’un des fondateurs. En 1850, il fut nommé par Pie IX évêque de Mayence, l’un des plus prestigieux sièges de Rhénanie. Véritable pasteur des âmes, amoureux de la pauvreté et de la mortification, il ne négligea pas son premier devoir d’état, le service de l’Église. Son amour des pauvres et des ouvriers n’en fut que l’estimable corollaire. Dès avant son élévation sur la cathèdre mayençaise, Ketteler s’était fait remarquer par ses prédications enflammées sur la « question sociale » provoquée par la révolution industrielle. « Et, du haut de cette chaire solennelle tombent, sur un auditoire énorme et passionné, des phrases étonnantes, terribles » (1), remarquait Daniel-Rops. Par exemple : « Une montagne d’injustice écrase le monde ; le riche gaspille et dissipe, laissant ses frères pauvres se consumer dans la privation des choses les plus nécessaires. Il vole ce que Dieu a destiné à tous les hommes ! » (2) Un discours aussi radical peut surprendre dans la bouche d’un prédicateur catholique.
Ketteler resta toutefois foncièrement inspiré par l’enseignement de l’Évangile et opposé à toute démarche révolutionnaire : « [Le Christ] veut un juste partage des biens mais non par la force ; il le veut par la réforme intérieure de notre cœur. Telle est la différence essentielle entre la doctrine du christianisme et celle du monde » (3). La guérison du cœur humain est bien étrangère au matérialisme dialectique prôné par Marx et consorts ! Pour Ketteler, une…
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AU SOMMAIRE :
- Fougue et fidélité 1811-1848
- Le chemin de la pauvreté 1831-1848
- Rupture et révolution 1848-1850
- Restauration et ouverture 1850-1865
- Les Grandes batailles 1866-1877
- Conclusion - Notes - Bibliographie et sources
Figure phare du XIXe siècle allemand, homme de pensée et d’action, Ketteler reformule, après le grand ébranlement européen, l’engagement évangélique au sein de la Cité. Tout au long de sa carrière, administrative puis épiscopale, il s’interroge de manière critique sur l’essor de l’État, la représentation divinisée de la souveraineté politique et la puissance de sécularisation de la bureaucratie. Pour ce théologien attentif aux signes du temps, le christianisme ne peut rechercher le pouvoir mais doit se constituer en contre-pouvoir. Si l’Église n’est pas de ce monde, elle ne saurait être indifférente au devenir du monde. Si son magistère est spirituel, elle ne saurait omettre l’espace public. Son rôle de contrepoids éthique n’en est dès lors que plus crucial. Il est en fait indispensable à ce que le politique n’enfreigne pas les droits fondamentaux et la dignité essentielle de chaque personne humaine.
Libéral et conservateur, cet « immortel initiateur du catholicisme social » a ouvert une troisième voie entre révolution et réaction. D’où son étonnante actualité qu’illustre et que montre la somme biographique inégalée que voici.

Historien, germaniste, essayiste, Jérôme Fehrenbach est par ailleurs inspecteur général des finances. On lui doit plusieurs monographies remarquées dont Jenny Marx, La tentation bourgeoise et Von Galen, un évêque contre Hitler.
Fiche technique
- Reliure
- Broché, couverture souple
- Nombre de pages
- 448
- Hauteur
- 24
- Largeur
- 15.5
- Épaisseur
- 3.2
- Poids en KG
- 0.682
- Parution
- 2025