Agatha Christie, une amie pour la vie
Agatha Christie, indubitablement réactionnaire...auteur méconnue de tant de petits chefs-d’œuvre
Dans la "Bio Collection" dirigée par Francis Bergeron & David Gattegno.
BOULEVARD VOLTAIRE, Samuel Martin, 18 juillet 2026 :
Un trajet en train, une après-midi à la plage… Nous serons nombreux à emporter un, ou deux, ou trois romans d’Agatha Christie dans nos bagages estivaux. Pourquoi ne pas y joindre, aussi, sa biographie, Agatha Christie, une amie pour la vie (Éditions Deterna) ? Écrite par Camille Galic, elle nous dit tout ou presque sur cette auteur dont le nom est mondialement connu mais qui est restée cachée derrière ses livres. Et bien cachée : deux milliards d’exemplaires vendus en 73 langues, « presque aussi bien que la Bible et Shakespeare… », nous dit sa biographe. Née en 1890, Agatha Miller connaît une jeunesse heureuse, entre un père américain de souche anglaise et une mère écossaise. Un milieu préservé, aisé et quelque peu snob. L’écrivain ne le reniera pas. Mieux : bien qu’emportée par la guerre de 14, cette société revit dans ses romans. La maison d’enfance Ashfield (dans le Devon) inspirera beaucoup de ces demeures où séjournent maîtres de maison, domestiques et invités – parmi lesquels un meurtrier qu’il s’agit de débusquer.
Agatha Christie, née Miller Agatha Miller devient Agatha Christie en 1914, lorsqu’elle épouse le colonel Archibald Christie. Mais, ayant rencontré une femme plus jeune, le colonel Christie demande le divorce en 1926. Meurtrie, Agatha Christie disparaît. Or, elle est un auteur connu ayant déjà publié six ou sept romans : les journaux s’emparent de l’affaire, la police est sur les dents. L’écrivain réapparaît onze jours plus tard. Une fugue explicable par une brutale dépression, mais qu’elle refusera toujours d’évoquer, et encore plus d’expliquer. En quittant l’Europe pour l’Irak, le temps que le scandale ne s’éteigne, Agatha Christie trouve un second mari en Max Mallowan, archéologue. Elle l’accompagnera dans ses fouilles en Irak et en Syrie – autres décors pour ses romans –, suivant de près ses travaux. Entre une enquête criminelle et des fouilles archéologiques, il y a plus d’un point commun : collecte des preuves, interprétations, conclusions.
Observation et malice Reine d’un genre longtemps considéré comme mineur, Agatha Christie était une grande lectrice de la meilleure littérature et ne considérait pas que ses romans dussent être bâclés. « Les nombreuses ratures, les retours en arrière, les renvois, explique Camille Galic, montrent le soin que, tel un Compagnon du Devoir peaufinant son chef-d’œuvre, mettait la romancière à dérouler son intrigue, à camper et à étoffer ses personnages, se fût-il agi de simples petites bonnes, d’un chef jardinier (l’intraitable MacDonald de Chimneys) ou d’une dactylo (l’incompétente Miss Bell d’Une poignée de seigle), afin de les rendre le plus vivants possible. Et donc profondément attachants. » Ce talent d’observatrice qui lui fait mettre en scène des personnages bien campés et psychologiquement viables est agrémenté d’une bonne dose de malice. Relisez le premier chapitre de Un, deux, trois…, qui nous présente les protagonistes. Tous ont rendez-vous, ce jour-là, chez le dentiste. La façon dont elle suggère comment cette perspective gâche à chacun sa journée est d’une remarquable finesse.
Une réactionnaire tranquille Hercule Poirot est un héros fort différent de Miss Marple, mais ils ont un point commun (outre leur ténacité) : chez eux, pas d’attendrissement pour le meurtrier. Le coupable doit être châtié. On ne s’embarrasse pas de « culture de l’excuse » ni de relativisme. Ils sont à l’image d’Agatha Christie. Les affaissements sociaux ou moraux, mais aussi vestimentaires et langagiers, dont le XXe siècle a été prodigue, ne trouvaient en elle aucun écho de sympathie. Même l’affaissement liturgique de Vatican II a trouvé, en cette anglicane, une adversaire ! Elle cosigne en 1971 une Requête (publiée dans le Times) qui demande le maintien de la messe tridentine. Cela donne à la requête un retentissement énorme et Paul VI concède quelques droits restés sous le nom de indult Agatha Christie. Les scénaristes qui ont adapté ses livres au cinéma et à la télévision ont souvent gommé, voire trahi, les côtés réac' d’Agatha Christie. Comme s’il fallait à tout prix épicer une atmosphère trop vieux jeu en y ajoutant de l’homosexualité, de l’inceste, de la toxicomanie. Après sa mort en 1976, Agatha Christie aura comme fidèle défenseur, pour dénoncer ces trahisons, sa fille Rosalind Hicks. Mais la cancel culture a remporté une grande victoire en faisant débaptiser les Dix Petits Nègres…
« Un parfum d’ancien monde » Les adaptateurs et les censeurs auront beau sévir, rien n’empêchera le lecteur de se replonger dans les éditions et traductions originales pour retrouver, intactes, une œuvre et une atmosphère. « Malgré la cruauté des crimes commis, au thallium ou à coups de marteau à sucre rapporté de Mésopotamie, écrit Camille Galic, règne dans ses livres une inestimable atmosphère cosy, rendue encore plus douillette par les effluves du lapsang souchong infusant dans la théière et de la lavande parfumant les mouchoirs des vieilles dames assises bien droite sur des sofas de chintz fleuri. Un parfum d’ancien monde. » Avoir su restituer cette atmosphère réserve à Agatha Christie, parmi les autres dames du polar britannique, une place à part.
Avec les quatre Évangélistes, le Mahomet du Coran, le Marx du Capital et Shakespeare, Agatha Christie serait l’auteur le plus lu au monde : quatre milliards de volumes vendus selon certaines sources ! Mais sait-on qu’elle avait rêvé d’être cantatrice ou concertiste ? Qu’elle épousa son premier mari, Archibald Christie, avec une autorisation spéciale de l’archevêque de Canterbury, à Noël 1914 – un mariage de guerre qui tourna très mal ? Qu’elle avait des idées très arrêtées, qu’on dirait aujourd’hui sulfureuses, sur la société, la politique, les races et la religion ?
Cette “Bio” Agatha Christie présente une analyse fouillée de la genèse, de l’élaboration et des divers aspects de l’œuvre poursuivie pendant plus d’un demi-siècle par « l’Impératrice du crime ». Elle présente également une mise en perspective de ses livres et de ses héros (Hercule Poirot, Miss Marple, les Beresford, Ariadne Oliver, etc.) et souligne les influences qu’elle a subies. Mais elle replace aussi la Reine Christie dans son époque et « l’âge d’or du roman policier anglais », évoque ses rivales, ses héritières littéraires, brosse encore, et surtout, le portrait souvent inattendu – par exemple, la fascination-répulsion pour le national-socialisme – d’une femme, grande voyageuse et d’esprit très curieux, qu’on ne saurait réduire à une grande bourgeoise peaufinant dans son salon Chippendale des romans sur mesure pour un public conquis d’avance.
Fiche technique
- Reliure
- Broché, couverture souple
- Parution
- Mai 2026
- Nombre de pages
- 168
- Hauteur
- 21
- Largeur
- 15
- Poids en KG
- 0.410