Retour aux fougères

Le Cherche Midi
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PLAISIR DE LIRE, mars 2026 : ***

   Entrez dans ce roman d’un autre temps et laissez-vous emporter par les « forlongeurs » (comprenez ce terme de vénerie qui se dit d’un cerf qui devance les chiens et prend le large). Ils se sont donné comme objectif de résister aux « ennemis de la vie vivante ». Rien ne semble les réunir mais tous ont, chevillé au coeur, l’amour de leur pays : « Nous sommes de France et à la France, ici là depuis l’an 500. Nous étions là hier et serons là demain, gens de France ne doutant point. » Dans cette première partie, l’auteur nous régale, page après page, par un récit « à la Vincenot » ; la seconde partie est une présentation de douze écrivains, d’origine et de famille de pensée variées chez lesquels il a détecté une âme de forlongeur.

   Pour qui ce livre ? À partir de 16 ans, à lire et à relire !

LE JDD,  le grand roman de la contre-révolution industrielle 

   Chez Gallimard, l’écrivain Bertrand Lacarelle publie un grand roman, dont le mode de narration procède de l’art des cathédrales gothiques.  Avec son admirable Ultra-Graal, Bertrand Lacarelle nous avait laissés, abreuvés par ses soins du lait de la poésie et de la pensée médiévales, au seuil d’un monde à refaire ou plutôt d’un monde en réparation, comme disait à peu près Louis-Ferdinand Céline (mais lui parlait carrément de Dieu). Ce monde, il en dévoile les soubassements et les contours dans Retour aux fougères, un roman d’avant Malherbe dont le mode de narration procède de l’art des cathédrales gothiques qui, « gothiques », ne l’étaient pas le moins du monde ! La suite après cette publicité Retour à la terre Comme dans lesdites cathédrales, la lumière lacarellienne illumine le cerveau du lecteur par trois entrées principales : le récit constituant la première partie ; des poèmes au sein d’icelui en formant la « dormance », c’est-à-dire des stations ménageant pause et approfondissement ; enfin, en seconde partie, une merveilleuse série de portraits d’écrivains à laquelle ne manquerait que l’autoportrait de Lacarelle lui-même. Émile Guillaumin, Henri Pourrat, Jean Giono, Henri Vincenot, Gustave Thibon ou Joseph Delteil sont des boussoles, des bouées, des amers salvateurs dans la nuit de notre décivilisation, et l’on notera que tous ont un rapport organique avec la terre et même, osons le dire, avec la terre de nos ancêtres, ce rapport remontant jusqu’aux fougères primordiales ! D’où le titre qui pourra apparaître un peu énigmatique… D’un bout à l’autre du livre, y compris bien sûr dans les portraits, une dimension spirituelle court sous la plume vivante et raffinée de Lacarelle, qui nous paraît non contradictoirement nourrie de panthéisme et de christianisme. À...

BOULEVARD VOLTAIRE, Arnaud Florac, novembre 2025 :

 Coup de cœur au coin d’un bon feu : Retour aux fougères Ce livre vous transportera en pensée devant une cheminée de pierre blanche, taillée pour faire rôtir un aurochs.

   Disons-le tout net : on ne tombe plus très souvent sur des romans comme celui-ci. Bertrand Lacarelle, déjà auteur du remarqué Ultra-Graal (Pierre-Guillaume de Roux), signe avec Retour aux fougères (Éditions du Cherche Midi) un livre rustique et poétique, anarchiste et conservateur, libertaire et royaliste, porté par une langue impeccable, dans laquelle il sertit, comme des truffes miraculeuses au pied des chênes noirs, des mots médiévaux, drus, campagnards, oubliés, et dresse un discours programmatique aussi foutraque qu’imparable pour renverser la dictature de la technique et de la norme.

   À Comberonde, en bord de Loire, une compagnie informelle de personnages hauts en couleur (moines à l’ancienne, capitaine de Légion reconverti dans les chantiers, vigneron bio, boulangère tatouée aux allures de dryade) s’agglomèrent sous la tutelle d’un vieil aristo breton entouré de livres. Ils formalisent grâce à lui leur confus sentiment de révolte contre le monde moderne en devenant des « forlongeurs« ». En vènerie, la forlonge, c’est un terme qui désigne le fait, pour un grand animal, d’échapper à la meute en la devançant ou en s’enfonçant dans un territoire inhabituel. C’est exactement le choix que font les héros de ce livre drôle, émouvant, habité, idéaliste : leur étrange fraternité, coagulée par l’implantation, dans leur vallée, d’une antenne-relais du « gouvernement de la république », met le feu aux poudres. C’est l’étincelle qui déclenche la révolte. 

   Des manifestes poétiques, simples et profonds comme des chansons à la veillée, fleurissent sur les murs de la région. L’antenne-relais, symbole du raccordement à la laideur, est sabotée. Doucement, comme une feuille verte qui se détacherait d’un arbre en béton, Comberonde fait sécession. Le narrateur, un agent ministériel qui a pour mission de garder le contact avec « les territoires » en espionnant la France périphérique, est rapidement fasciné par l’étrange confrérie. Il assiste à des beuveries géniales, auxquelles se joignent les troglosophes, des écolos radicaux bien sympathiques qui se retrouvent dans des grottes de tuffeau. Il découvre que la gauche et la droite sont des mots qui masquent le vrai combat : d’un côté, ceux qui veulent assécher, bétonner, uniformiser, éteindre, asservir, partisans de la fiction urbaine et du récit technocratique ; de l’autre, ceux qui veulent vivre, célébrer, chanter, se souvenir, travailler de leurs mains, partisans du réel, de la glèbe et des saisons, manants d’un royalisme total qui dépasse le folklore pour s’accomplir dans la plus naturelle des généalogies.

   Il y en a pour tous les niveaux de lecture, dans Retour aux fougères, dont le titre louche vers Heidegger et Jünger - et ce n’est pas un hasard. L’un vitupérait sur l’arraisonnement de l’homme par le Gestell de la technique et son oubli de l’Être, préconisant le « retour à la terre ». L’autre défendit le « recours aux forêts » (le Waldgang), fussent-elles intérieures, comme une forlonge qui ne dirait pas son nom. On trouvera ainsi des clins d’œil poétiques pour khâgneux (« Antenne cou coupé », pour Apollinaire à l’heure de la 5G), des moments de grâce terrienne qui évoquent Vincenot, des solidarités médiévales, anachroniques parce qu’éternelles, qui font penser à La Varende. On pourra aussi lire ce livre sans le rattacher à ses grands devanciers, dont certains figurent de toutes façons dans la « promenade littéraire » qui est la deuxième partie de ce livre. Et puis, on pourra aussi, comme dans un de ces alambics dont les propriétés angevines regorgent, extraire de ce roman magistral des théories politiques pleines d’un espoir à portée de main. C’est bientôt Noël, offrez ou offrez-vous ce livre : il vous transportera en pensée devant une cheminée de pierre blanche, taillée pour faire rôtir un aurochs, avec un bon feu, un verre de vin clair, des étagères de poèmes… et de l’espérance, au lieu de nostalgie.

LE CLUB VA

   Le cri du chat-huant au crépuscule Dans un roman enchanteur, Bertrand Lacarelle met en scène des campagnards en lutte contre une antenne-relais qui enlaidit leur paysage. Et rappelle qu'une société ayant aboli Dieu finira par abolir l'Homme. Par Olivier Maulin

   Perdue dans " l'Archipel français ", une petite vallée fait sécession en tournant le dos à la Ville-Lumière... Dans la campagne de Comberonde, au bord du " fleuve royal ", vivent en bonne entente des personnages que tout semble opposer : une confrérie de moines, une paysanne-boulangère, un militaire reconverti dans le bâtiment, un vigneron bio aidé de sa fille, un agriculteur-chasseur et, au-dessus, dans les ruines du château, un Chouan qui conspire pour le retour du roi. Un gris matin, une antenne-relais installée par les autorités de la ville apparaît dans leur charmant paysage. L'équilibre est rompu. Le narrateur, un agent infiltré du ministère qui a pour mission de garder contact avec la " France périphérique ", voit soudain fleurir des tracts à la fois polémiques et poétiques, et s'organiser d'étranges réunions secrètes. On convoque l'esprit d'écrivains-paysans pour semer la révolte : Giono, Charbonneau, ou encore le père Thibon. La vallée s'agite. L'affaire Comberonde ne fait que commencer.

Editeur : Le Cherche Midi
9782749183015

Fiche technique

Parution
Novembre 2025
Nombre de pages
140
Hauteur
21
Largeur
14
Épaisseur
2.2
Poids en KG
302

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