La Révolution française -
La rencontre au sommet d'un historien éminent avec un immense événement.
LE FIGARO HISTOIRE, Geoffroy Caillet, 27 août 2026 : Jean-Christian Petitfils : « La Révolution française appartient à notre histoire, mais il faut en sortir ! »
- ENTRETIEN - L’historien publie une vaste synthèse sur la Révolution française qui met en évidence le bouleversement inédit en quoi consista le « déplacement de la souveraineté ».
Il y a une forme d’évidence à voir le nom de Jean-Christian Petitfils écrit au-dessus de ce titre aussi simple que son sujet est touffu : La Révolution française. L’événement fondateur de notre modernité politique clôt en effet le cycle des rois Bourbons, dont il est depuis trente ans le biographe impeccable. Dans cet ouvrage monumental mais d’une clarté sans faille, Jean-Christian Petitfils propose une synthèse à la fois narrative et analytique de la Révolution, qui embrasse une chronologie délibérément étendue, de l’été 1786 à la proclamation de l’Empire en 1804. Sa thèse centrale repose sur l’idée que la Révolution constitue avant tout un « gigantesque déplacement de la souveraineté » – du monarque vers la Nation –, rupture systémique sans équivalent dans l’histoire moderne, y compris par rapport à la Glorious Revolution anglaise. Refusant aussi bien l’interprétation marxiste que la lecture purement libérale, il s’inscrit dans la lignée critique de François Furet tout en la dépassant par la science politique, dans une approche attentive aux jeux de pouvoir, aux stratégies de propagande, à la fabrication d’un homme nouveau et à la liturgie révolutionnaire.
- LE FIGARO. - Vous commencez votre récit en 1786 plutôt qu’en 1789. En quoi cette chronologie différente change-t-elle notre compréhension de la Révolution ?
- JEAN-CHRISTIAN PETITFILS. - Pour moi, en effet, la Révolution française ne commence ni avec la convocation des états généraux le 5 mai 1789, ni avec le 14 juillet, mais en août 1786 avec le plan de réformes du contrôleur général Calonne et son rejet l’année suivante par l’Assemblée des notables. Toute l’ancienne société de corps édifiée au long des siècles parut alors remise en cause. S’affrontaient, d’un côté, Louis XVI et Calonne, désireux de moderniser l’État et de renouer la vieille alliance du roi et du peuple contre les barons, et, de l’autre, les ordres privilégiés, clergé et noblesse, soutenus par les parlements, crispés sur la défense de leurs droits acquis. Il s’ensuivit une série de convulsions et de crises dramatiques, souvent ignorées, que l’on qualifie ordinairement de pré-Révolution, mais qui avaient déjà toutes les caractéristiques de la Révolution. L’idée d’une constitution écrite, d’une refondation…
Tournant capital de l'histoire de France, la Révolution a amené avec elle la fin de l'Ancien Régime et des privilèges, la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, la liberté individuelle, l'égalité civile, le début d'une représentation nationale et la fondation de l'État-Nation, dans l'enthousiasme des soldats de l'an II, de la Marseillaise et du drapeau tricolore. Aucune période n'a connu en si peu de temps autant de remises en cause, de bouleversements politiques, culturels ou religieux, de réformes de structures, qui ont ouvert, de façon chaotique parfois, les voies de la modernité.
De la multitude d'ouvrages qui lui ont été consacrés, furent bien souvent retenues les réhabilitations et condamnations des principaux personnages ou courants politiques à l'oeuvre au cours de la période, formant un noeud mémoriel, de la Terreur aux guerres de Vendée, encore prégnant de nos jours. Tel n'est pas l'objet de ce livre sans précédent.
Il s'agit à travers un récit vivant et coloré, sous la plume aiguisée de Jean-Christian Petitfils, d'analyser, de clarifier, et tout simplement de comprendre les bouleversements intervenus, en se servant des concepts de la science politique moderne : souveraineté, légitimité, représentation, élections, démocratie, mise en scène symbolique des évènements, dérive autoritaire, voire totalitaire... Il en ressort une vision neuve, décapante de la Révolution, loin du catalogue des faux semblants et des nostalgies trompeuses. Une somme écrite avec maestria et qui, paradoxalement, manquait, tant la radicalité partisane l'a jusqu'alors emporté sur l'histoire pour traiter de cette période matricielle.
Fiche technique
- Reliure
- Broché, couverture souple
- Parution
- 27 août 2026
- Nombre de pages
- 976
- Hauteur
- 24
- Largeur
- 15.5
- Épaisseur
- 5.26