Avant qu'il ne devienne le Duce - Mussolini, de Predappio à la Piazza San Sepolcro et à la déroute électorale de novembre 1919
Préface de Frédéric Le Moal,
Traduction de Damien Bigini.
Avec "Avant qu’il ne devînt le Duce", Emilio Gentile décrit les étapes successives du parcours de Benito Mussolini avant, pendant et immédiatement après la Première Guerre Mondiale.
À travers les sources mussoliniennes (discours, articles, correspondances, rapports de police…) examinées presque au jour le jour, on voit le jeune activiste romagnol passer du socialisme maximaliste et de l’anti-militarisme au réformisme interventionniste, puis partir à la recherche d’une nouvelle synthèse politique.
Les moment clefs de ce parcours sont : - son ralliement à l’interventionnisme fin 1914 (et son expulsion du Parti socialiste italien) ; - l’expérience du front et son abandon de la lutte des classes autour de 1917 ; - la fondation des Faisceaux de combat en mars 1919.
Le fait de la guerre, inévitable, immense, catastrophique, constitue donc pour « l’homme qui cherche » un détonateur, puis un creuset transformatoire. L’expérience de la tranchée, le spectacle de la collaboration vitale entre hommes de toutes provenances géographiques, économiques, culturelles et sociales, le conduit à rejeter la lutte des classes et la révolution au profit d’un pacte unissant tous les producteurs autour du drapeau national, face à un ennemi d’un nouveau type : le parasite. La guerre semble également avoir éveillé, ou plutôt réveillé en lui un patriotisme bien réel, et naturel en réalité, chez un individu pétri de culture classique, adorateur du Risorgimento et de la Commune de Paris — expérience à la fois socialiste et nationale, en résistance contre l’exploitation et la menace étrangère —, et fervent promoteur de la cause des Nationalités.
C’est donc un homme profondément changé qui revient à la société civile. Pleinement convaincu d’avoir été consacré comme le vainqueur moral de l’après-guerre pour son choix interventionniste, dès novembre 1918, Mussolini n’a plus qu’une obsession : transformer la victoire militaire de la Grande Guerre en succès politique. Dans les mois qui suivent l’armistice, néanmoins, aucune de ses nombreuses initiatives ne semble vouloir porter de fruits. La fondation des Faisceaux de combat en mars 1919, autour desquels devait se constituer un grand front de la gauche interventionniste unie en mesure de bloquer l’avancée des socialistes et d’imposer la rénovation institutionnelle du pays, est, elle aussi, un échec, qui se transforme en désastre aux élections législatives de novembre 1919. À cet instant précis, le futur Duce envisage l’abandon de la politique. Comme tous les hommes de son temps, il ne peut avoir conscience qu’il vient de jeter, en réalité, les toutes premières bases de l’expérience totalitaire encore à venir.
RADIO COURTOISIE, Libre journal de Pascal Lassalle, 24 janvier 2026 :
Mussolini avant le Duce, socialiste et aventurier politique.
TV LIBERTE, Passé-Présent émission de Frédéric le Moal, 28 décembre 2025 :
Passé-Présent se penche sur une figure que l’on croit connaître, mais dont une grande partie du parcours demeure méconnu : Benito Mussolini avant qu’il ne devienne le Duce. Le Mussolini, d’entre 1912 et 1919, à une époque où rien ne laisse encore présager le futur dictateur. Un Benito Mussolini tour à tour socialiste révolutionnaire, agitateur, intellectuel autodidacte, journaliste brillant, puis interventionniste convaincu au moment de la Grande Guerre. Un Mussolini changeant, multiple, contradictoire, bien éloigné de l’image figée que l’histoire a retenue. Nous allons comprendre des années décisives, souvent éclipsées par la période du pouvoir, et qui éclairent pourtant l’émergence d’un phénomène politique inédit : le fascisme. Nous évoquerons ensemble les ruptures, les métamorphoses, mais aussi les continuités d’un homme dont la trajectoire personnelle se confond avec les bouleversements de l’Europe du début du XXᵉ siècle.
Pour comprendre Mussolini, il faut revenir au jeune révolutionnaire, au militant socialiste, à l’homme du front, à l’échec politique de 1919. Une émission avec Frédéric Le Moal, historien, spécialiste de l’Italie contemporaine, des relations internationales et des totalitarismes. Il vient de signer la préface du remarquable ouvrage d’Emilio Gentile, "Avant qu'il ne devînt le Duce", récemment traduit en français et paru aux éditions Certamen.
Au lendemain de la déroute électorale des Faisceaux de Combat aux élections législatives de novembre 1919, Benito Mussolini envisage résolument d’abandonner la politique. L’individualiste nomade, «l’aventurier de tous les chemins» n’aurait, en définitive, pas sa place dans les joutes électorales d’un parlementarisme qu’il n’a, au fond, jamais cessé de haïr. Alors âgé de 36 ans, il s’interroge: «Que me réserve donc l’avenir ?»
Avec Avant qu’il ne devînt le Duce, Emilio Gentile nous fait découvrir un homme méconnu, le Mussolini pré-fasciste et primo-fasciste. Instituteur socialiste étouffant dans le cadre provincial romagnol, journaliste républicain, francophile et jacobin, militant socialiste maximaliste, celui qui n’est pas encore le duce est avant tout un esprit enfiévré convaincu qu’il ne trouvera la paix qu’en remodelant le destin de l’Italie, du monde ouvrier, et de l’Europe. Une ambition qui le mènera à d’innombrables revirements et recompositions politiques, et non des moindres : l’anti-militariste devient interventionniste, le révolutionnaire se fait réformiste, le partisan de la lutte des classes veut désormais leur collaboration pacifiée autour du drapeau tricolore.
Autant d’étapes d’une évolution bouillonnante aux limites du cynisme, dont on sait pourtant qu’elles jalonnent la marche vers une expérience totalitaire que «l’homme qui cherche» est, à ce moment-là, encore loin d’imaginer.
Né en 1946 (Bojano), il est professeur émérite d’histoire contemporaine de l’université de Rome «La Sapienza». Élève de Renzo de Felice, Emilio Gentile est l’auteur de très nombreuses monographies (dont plusieurs traduites en français) dédiées au fascisme historique, dont il est considéré le spécialiste majeur. Il intervient régulièrement dans de nombreux titres de presse en tant que commentateur de la politique italienne et internationale, tout en étant un divulgateur apprécié du grand public.
Fiche technique
- Reliure
- Broché
- Parution
- 2025
- Nombre de pages
- 346
- Hauteur
- 24
- Largeur
- 16
- Épaisseur
- 3
- Poids en KG
- 0.595