L'urgence du politique - Sur la philosophie politique de Pierre Manent
Postface de Pierre Manent.
Avec des contributions de Rémi Brague, Benjamin Brice, Maxence Brischoux, Alexis Carré, Jean-Pierre Delange, Giulio De Ligio, Ralph Hancock, Adrien Louis, Agnès Louis, Daniel J. Mahoney, Jean-Yves Pranchère, Philippe Raynaud, Daniel Tanguay et Pierre Manent.
Au sommaire :
- Avant-propos de Daniel Tanguay - Introduction de Jean-Pierre Delange
- LES AVATARS DU PROBLEME THEOLOGICO-POLITIQUE :
- - Le défi pascalien de Pierre Manent (Daniel Mahomey)
- - Le chrétien médiateur et la confiance en l'action (Guilio de Ligio)
- - La loi naturelle pratique de Pierre Manent et la "question la plus délicate" (Ralph Hanckok)
- - Y a-t-il des moeurs islamiques ? (Rémi Brague)
- - Christianisme et politique à l'ère moderne chez Pierre Manent (Alexis Carré)
- LE LIBRERALISME DANS LA TOURMENTE :
- - Pierre Manent et le libéralisme (Philippe Raynaud)
- - L'adieu au libéralisme (Agnès Louis)
- - Lepetit nombre de le grand nombre comme clivage fondamental (Benjamin Brice)
- - Une république suffisante et insuffisante - Réflexions sur le républicanisme de Pierre Manent (Adrien Louis)
- - Pierre Manent, l'anthropocène et le problème de l'énergie humaine ( Maxence Brischoux)
- LA NATION DANS TOUS SES ETATS
- - La nation est-elle une forme politique ? (Jean-Yves Pranchère)
- - La nation comme forme politique - Grandeurs et misères d'une idée politique (Gil Delannoi)
- POSTFACE : L'Europe et les Juifs - Quelle urgence européenne (Pierre Manent)
- BIBLIOGRAPHIE
L'HOMME NOUVEAU, N°1853, avril 2026, Thibaud Collin :
La sortie d’un nouveau livre sur la pensée de Pierre Manent est l’occasion de revenir sur le parcours de ce philosophe qui, dans le cadre de la modernité, tente d’analyser la généalogie de l’homme contemporain.
Pierre Manent est, à n’en pas douter, l’un des philosophes majeurs d’aujourd’hui. Depuis près de cinquante ans, il arpente avec méthode et acuité la modernité politique pour en établir la tectonique. Il est important que son œuvre soit lue et méditée. C’est pour cette raison que la publication d’un volume consacré à sa pensée (1) est l’occasion d’en présenter succinctement quelques points saillants. Tout catholique soucieux de saisir la dynamique de notre société politique devrait avoir pris connaissance de son œuvre, tout ordonnée à nourrir la délibération au service du bien commun ; ce qui implique d’immenses détours historiques et conceptuels afin de re- conquérir le site personnel et collectif où une telle délibération puisse se déployer.
A l'intérieur d'un triangle.
Comme il le dit dans un livre d’entretiens, bonne introduction à sa pensée : « Je suis à l’intérieur d’un triangle : la politique, la philosophie, la religion. » Remarquant que chacune de ces « attitudes humaines » requiert « une dévotion complète », Pierre Manent assume de ne jamais s’être « fixé sur un des pôles ». Il choisit de ne pas choisir, ou plutôt il choisit les trois ! « Je trouve un équilibre fragile, ou un déséquilibre productif, dans cette interrogation que je conduis précisément sur la manière dont ces trois dimensions se sont articulées au long de l’histoire occidentale. » Son pari est qu’en « les prenant toutes les trois également au sérieux », il peut parvenir « à une certaine impartialité dans la compréhension de cette histoire ». Cette confidence permet de comprendre la spécificité du regard qu’il pose sur notre monde. Débutant par des études qui semblent relever de l’histoire des idées politiques et qui ont pour objet la généalogie de la liberté politique moderne (4), sa démarche n’est pas historique. Elle est bien philosophique ! Mais comment faire de la philosophie politique dans un monde où l’autorité de l’Histoire semble incontestable ? Pierre Manent est ce philosophe singulier qui, tel Socrate arpentant les rues d’Athènes, exerce la philosophie en travaillant le matériau qui s’offre à lui. Son œuvre est ainsi la tentative de solution à ce problème méthodologique : comment desserrer l’étau de l’historicisme et du sociologisme, forma mentis impériale de notre époque, pour retrouver en deçà les ressorts pérennes de l’action humaine ? Pour répondre à cette question, il convient de revenir sur l’itinéraire de Pierre Manent. Il se convertit au catholicisme par la médiation de Louis Jugnet, son professeur de philosophie en khâgne à Toulouse. Celui-ci, thomiste maurrassien et excellent pédagogue, le fait entrer dans l’intelligence du christianisme. Arrivé à Paris, il fréquente Stanislas et Aniouta Fumet et devient un participant assidu du séminaire de Raymond Aron.
Dans ces années post-68, où la sphère intellectuelle est saturée par les mille nuances du marxisme, Manent est porté par le désir de pénétrer les arcanes du monde moderne. Ce qui veut dire saisir l’origine et les fondements de la démocratie libérale : le régime représentatif, les droits de l’homme et la souveraineté populaire. Alors que Jugnet l’a ouvert à la foi, Aron au politique, Manent trouve dans l’œuvre de Leo Strauss une philosophie qui a su se dégager de l’emprise des sciences sociales en prenant la mesure de la nature politique de l’homme. Strauss, à la suite d’Aristote, énonce que la véritable science politique doit s’enraciner dans la perspective du citoyen, centrée sur la détermination concrète du juste et du bien commun. Bref, la science politique est spécifique - ment pratique ou elle n’est pas.
Une généalogie philosophique de la modernité politique.
Cette rencontre intellectuelle va fournir à Manent un puissant outil pour subvertir de l’intérieur l’histoire des idées politiques en élaborant une généalogie proprement philosophique de la modernité politique ; et cela donnera ce chef-d’œuvre qu’est La Cité de l’homme. Comme le titre l’indique, cette enquête se situe exactement à l’intersection des trois dimensions relevées plus haut. La Cité a été pensée par la philosophie politique originaire (Platon et Aristote) comme la forme naturelle de la vie commune, c’est-à-dire permettant à l’humanité d’actualiser pleinement ses capacités. Mais depuis les XVIe et XVIIe siècles, l’humanité a voulu construire une cité nouvelle, la Cité de l’homme, émancipée de la Cité de Dieu. L’objet de la recherche de Manent est la dynamique de la modernité. Quel est cet homme qui prend conscience de sa différence d’avec l’humanité antérieure et qui se veut différent ? Quelle est la racine de cette conscience et de cette volonté de l’homme moderne ? La réponse s’identifie à la résolution du problème théologico-politique que la crise de la chrétienté a porté à son acmé ; crise dont la Réforme n’est pas tant la cause qu’un des effets majeurs, bien sûr lui-même causant d’autres effets. En effet, la conversion de l’Empire romain au christianisme a créé progressivement une instabilité, féconde mais aussi dangereuse, concernant la délicate question de l’articulation des deux pouvoirs, le spirituel et le temporel. La modernité est née de la neutralisation réciproque des deux grandes autorités en concurrence jusque-là, la nature, critère de la philosophie païenne, et la grâce, mesure de la vie chrétienne.
La nature contre la grâce.
L’homme en train de devenir moderne est celui qui « joue » la nature contre la grâce, et réciproquement, jusqu’à identifier les deux dans un même rejet de toute obéissance à une loi antérieure à la volonté humaine. Le mouvement moderne dont l’État, d’abord absolutiste et royal puis libéral et représentatif, va être le grand médiateur, consiste à construire un monde humain autonome. Cette émancipation et de la nature et de la grâce a pour pivot l’art, c’est-à-dire la création par l’homme de son propre monde. L’œuvre de Manent reconstitue avec maestria la fabrication de l’individu moderne, d’une part mesuré par ses intérêts et ses droits et, de l’autre, constitué comme citoyen formant par contrat un peuple souverain. Et elle pense son devenir jusqu’à sa terrible crise actuelle .
LE FIGARO :
Un ouvrage collectif qui éclaire en quinze contributions la philosophie politique de Pierre Manent - et ses leçons pour notre temps.
Pierre Manent est un des rares philosophes contemporains à assumer « l’urgence du politique » et à porter dans le débat public sa critique singulière de la religion des Droits de l’Homme, le futur incertain de l’Union européenne, la critique des contempteurs de la nation et sa promotion d’une dynamique catholique dans le champ de la réflexion et de l’action politique.
L’objet du présent ouvrage, fruit d’une série de contributions à des tables rondes organisées au Collège des Bernardins en mai 2024, est de rassembler et de proposer une série d’approches des positions récentes de Pierre Manent.
Jean-Pierre Delange est agrégé de philosophie. Il est l’éditeur d’un Lectures de Leo Strauss (1997) et a contribué à divers ouvrages collectifs.
Fiche technique
- Reliure
- Broché, couverture souple
- Parution
- Octobre 2025
- Nombre de pages
- 276
- Hauteur
- 21.5
- Largeur
- 14
- Épaisseur
- 2.2
- Poids en KG
- 0.355