L'heure des prédateurs

"Quand les premières nouvelles du débarquement d’Hernán Cortés parvinrent à la capitale de l’Empire aztèque, Moctezuma II convoqua immédiatement ses plus proches conseillers. Quelle attitude adopter face à ces visiteurs inattendus arrivés d’on ne sait où à bord de curieuses cités flottantes ?..."

Gallimard
Blanche
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FRANCOIS-REGIS LEGRIER, Novembre 2025 :

   Le rideau s'ouvre sur les coulisses de l'Assemblée générale à New-York en septembre 2024 pour se refermer en décembre de la même année à Lieusaint, petite commune de la banlieue parisienne. D'un côté, les hommes de pouvoir, leurs sherpas et leurs gardes du corps qui s'entrechoquent et se mêlent dans un rythme effréné, guidé par le seul souci de ne pas rater un rendez-vous; de l'autre le peuple, pressé de gagner 3 minutes, qui envahit une commune sans histoire et la transforme en enfer urbain par la magie des algorithmes de Waze. Entre-temps, le lecteur aura parcouru le temps et l'espace, de Ryad à Montréal en passant par l'Italie et l'Espagne, y compris le Paris d'avant-guerre et côtoyé quelques uns des grands de ce monde, notamment ces "seigneurs de la tech" qui tiennent notre avenir dans leurs mains. En effet, l'IA n'est pas qu'un simple accélérateur de pouvoir mais une nouvelle forme de pouvoir, une "intelligence autoritaire qui centralise les données et les transforme en pouvoir".

   A la manière d'un Aztèque confronté à l'arrivée des Conquistadores, Giuliano Da Empoli a voulu saisir " le souffle d'un monde , au moment où il sombre dans l'abîme, et l'emprise glacée d'un autre, qui prend sa place." Le moins que l'on puisse dire est que l'effet est réussi. Ceux qui s'imaginent que le pouvoir est encore dans les dorures des palais présidentiels perdront, à la lecture de ce récit, leurs dernières illusions.

RENAISSANCE CATHOLIQUE, Jean-Pierre Maugendre, 1er juillet 2025 :

   Giuliano Da Empoli s’était déjà fait remarquer, en 2022, par son magistral ouvrage : Le mage du Kremlin, ou : Comment on devient Vladimir Poutine. Il nous revient avec un nouveau travail de géopolitique : L’heure des prédateurs.

   La thèse soutenue, et argumentée, est que le tragique est de retour en histoire sous la forme de l’arrivée au pouvoir de dirigeants qui « promettent de résoudre les vrais problèmes du peuple : la criminalité, l’immigration, le coût de la vie » alors que leurs prédécesseurs se berçaient de mots creux : « Règles, démocratie en péril, protection des minorités ». Sont ainsi épinglés le prince Mohammed ben Salmane, en Arabie Saoudite, le président Nayib Bukele au Salvador, Javier Milei en Argentine, Donald Trump aux Etats-Unis, etc. Tous ces dirigeants ont en commun d’être des hommes d’action, dans la lignée du Prince de Machiavel : seul compte le résultat. Ainsi le président Bukele confronté à une criminalité endémique et ayant observé que les membres des gangs salvadoriens étaient tatoués, à l’instar des yakuzas japonais, fait décréter l’état d’urgence et incarcérer dans la prison de haute sécurité de Tecoluca les 80 000 personnes tatouées du pays. Hurlements des associations de défense des droits de l’homme et immense satisfaction du peuple salvadorien qui voit son pays devenir, après avoir été le plus violent du monde, le plus sûr de tout l’hémisphère occidental, devant le Canada. Principal oublié, de marque, parmi ces dirigeants plus préoccupés par l’efficacité immédiate que par la défense sourcilleuse des « droits de l’homme » : le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou.                                                                                                                                                                                        

  La dernière partie de ce précieux travail est consacrée à l’étude du pouvoir croissant de ceux que l’auteur nomme « les conquistadors de la tech », les dirigeants des entreprises de haute technologie qui, à l’instar d’Elon Musk ou Mark Zuckerberg, disposent de moyens financiers considérables et gouvernent déjà une partie de la planète par leur maîtrise de l’information et de l’IA. Les exemples donnés sont saisissants. On notera, sans surprise mais avec une certaine nostalgie, que dans cet univers de grands fauves et de prédateurs l’histrion narcissique qui préside aux destinées de notre malheureux pays est simplement mentionné en incidente. Ceux qui croient que parler c’est agir n’ont plus de place dans le nouveau monde borgien, de César Borgia, prince italien de la Renaissance, que cite abondamment Machiavel dans Le Prince.

   Enfin, chacun savourera ce terrible apophtegme, qui aurait mérité d’être gravé sur le fronton de l’ENA : « Il n’y a pratiquement aucune relation entre la puissance intellectuelle et l’intelligence politique »

LE FIGARO LITTERAIRE : 

   Un récit crépusculaire et lumineux sur le basculement politique et géostratégique en cours.

   "Aujourd'hui, l'heure des prédateurs a sonné et partout les choses évoluent d'une telle façon que tout ce qui doit être réglé le sera par le feu et par l'épée.

   Ce petit livre est le récit de cette conquête, écrit du point de vue d'un scribe aztèque et à sa manière, par images, plutôt que par concepts, dans le but de saisir le souffle d'un monde, au moment où il sombre dans l'abîme, et l'emprise glacée d'un autre, qui prend sa place".

   Giuliano da Empoli nous livre le compte-rendu aussi haletant que glaçant de ses pérégrinations au pays de la puissance, de New York à Riyad, de l'ONU au Ritz-Carlton de MBS. Il nous guide de l'autre côté du miroir, là où le pouvoir s'acquiert par des actions irréfléchies et tapageuses, où des autocrates décomplexés sont à l'affût du maximum de chaos, où les seigneurs de la tech semblent déjà habiter un autre monde, où l'IA s'avère incontrôlable...

   Aucun doute, l'heure des prédateurs a sonné. L'auteur du Mage du Kremlin les regarde en face, avec la lucidité d'un Machiavel et la hauteur de vue du moraliste.

Editeur : Gallimard
9782073113207

Fiche technique

Reliure
Broché
Parution
Avril 2025
Nombre de pages
160
Hauteur
20.5
Largeur
14
Épaisseur
1.5
Poids en KG
0.230

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