L'HOMME NOUVEAU, Stephen Vallet, N°19 juillet 2025 :
Comment Jésus et les premiers chrétiens vivaient-ils économiquement ?
C’est à cette question que tente de répondre Jonathan Cornillon, spécialiste de la Rome antique et des premiers siècles du christianisme. Évacuons d’emblée quelques aspects agaçants de cet ouvrage. Outre le vocabulaire parfois employé, l’auteur donne l’impression d’avoir écrit un livre contre les exégètes qui l’ont précédé, sans que ces derniers soient jamais nommés. Un vrai sentiment de malaise en découle, avec cette nette impression que tout ce qui a existé avant l’auteur n’a aucun mérite et n’apporte rien. L’Église catholique, celle qui nous donne les textes bibliques qui servent de référence au travail mené, n’est jamais citée. Elle n’existe tout simplement pas. Nous sommes dans le cadre d’une exégèse qui se veut uniquement scientifique. Ces remarques faites, l’ouvrage est intéressant par le thème qu’il aborde et finalement par les conclusions qu’il en dégage. Il confirme d’une certaine manière, peut-être à son corps défendant, la doctrine de l’Église en ce qui touche la propriété privée, le rapport à l’argent, le partage des biens, l’aide aux pauvres.
Ainsi, Jonathan Cornillon montre que le Christ et les apôtres ne vivaient pas dans une pauvreté absolue. Au moins pendant un temps, Jésus aurait possédé une maison, mise à la disposition de la communauté. Des dons, parfois importants, auraient financé la prédication apostolique. Les premiers chrétiens continueront à vivre ainsi, soutenant l’apostolat par ce mode de financement, même si dans certains cas saint Paul préfère opter pour le travail afin d’assurer sa subsistance et financer ses voyages.
Finalement, que retenir ? Le christianisme des premiers temps n’abolit pas la propriété privée mais la relativise. Elle doit être au service de tous, ce que l’Église a traduit dans un langage plus moderne par le lien entre la propriété privée et la destination universelle des biens. La prédication, et plus largement la vie cléricale, ne peut être l’objet d’une vie marchande et la vie des clercs dépend des communautés chrétiennes. L’attention aux pauvres concerne non seulement leur subsistance matérielle mais aussi leur inhumation, qui revient à la charge de la communauté. Enfin, les premiers chrétiens ne visaient pas la transformation de la société, mais leur Salut éternel. Il n’en reste pas moins que leurs exigences morales et spirituelles, radicalement nouvelles, ont eu des résonances profondes sur l’organisation de la vie civile.
Les disciples de Jésus étaient-ils pauvres ? Concrètement, de quoi vivaient-ils ? Et qui a bien pu financer leur mission ? Autant de questions que ce livre nous invite à affronter sans a priori. De la petite communauté de Jérusalem où l'on mettait "tout en commun", selon les Actes des Apôtres, jusqu'à la veille des constructions de basiliques sous Constantin, on découvre ici le fonctionnement économique des premières générations de chrétiens : les systèmes d'entraide - bien réels -, la caisse commune, la solidarité spirituelle mais aussi matérielle.
Sujet sensible s'il en est, auquel les exégètes se sont trop longtemps contentés d'appliquer des lectures idéologiques, plutôt que de reconnaître ce qui est historiquement avéré. C'est une compréhension renouvelée du christianisme antique, religion faite de pratiques et non de seuls discours, que nous propose Jonathan Cornillon, avec brio et pédagogie. Un ouvrage capital sur un fait radical.
Agrégé d'histoire, spécialiste de la Rome antique et des premiers siècles du christianisme, normalien, membre junior de l'Institut universitaire de France, Jonathan Cornillon est maître de conférences à la faculté des Lettres de Sorbonne Université. Il est l'auteur de Tout en commun ? paru aux Éditions du Cerf.
Fiche technique
- Reliure
- Broché
- Parution
- Avril 2025
- Nombre de pages
- 156
- Hauteur
- 21
- Largeur
- 13.5
- Épaisseur
- 1.5
- Poids en KG
- 0.195