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BOULEVARD VOLTAIRE, Gabrielle Cluzel, août 2026 :
À quoi reconnaît-on un roman de qualité ? Il est comme le bon vin : il ne vieillit pas, il se bonifie. On le goûte bien mieux qu’à la date de sa parution. Tout simplement parce qu’il était visionnaire. Ce qu’il décrivait hier prend une acuité tragique aujourd’hui. À l’instar du Camp des saints de Raspail, Le Bouclage (Éditions de Fallois, 1990), du regretté et disparu trop tôt Vladimir Volkoff, est de ceux-là. Le cadre en est une ville que l’on imagine d’Amérique latine - encore qu’elle puisse être espagnole - gangrenée par le trafic de drogue, la petite délinquance et la grande criminalité. Un cocktail explosif décuplé par une impunité quasi totale : la passivité de l’État n’a d’égale que la pusillanimité de la Justice. Le rapineur comme « l’étouffeur » - psychopathe assassinant ses victimes (enfants ou personnes âgées) au moyen d’un sac en plastique -, en passant par le violeur, en ont la conviction tranquillement cynique.
Toute ressemblance avec, etc. Tout au plus peut-on noter que de la même façon que Raspail avait situé improprement (ou imparfaitement) en Inde l’origine du tsunami migratoire qui paralyserait l’Occident, Volkoff n’a pas anticipé la dimension islamique qui viendrait s’ajouter au reste, comme un étage supplémentaire à la fusée d’explosion sociale. Il faut, un soir, que Julian Dandolo, jeune administrateur centriste portant beau et bien né, nouvellement nommé, soit lui-même brutalement touché dans sa chair - ou plutôt dans celle de sa compagne du moment dont le doigt, arborant la bague qu’il vient de lui offrir, est sectionné par un voleur pressé - pour réagir. L’humiliation de son impuissance est un électrochoc. Entouré de fidèles soutiens des deux sexes - une cousine sortant du couvent, un militaire baroudeur, un policier rongeant son frein, un gendarme déterminé, une professeur ayant été victime elle-même de viol… -, celui que l’on prenait pour un jouisseur dilettante et infatué tout occupé de son nombril se révèle. Il décide, au prix de grands risques, et surtout celui de détruire sa carrière prometteuse, de monter l’opération Josaphat pour boucler « l’Agglomération », la passer au peigne fin et la débarrasser de sa vermine malfaisante. Les méthodes sont peu orthodoxes (contrairement, au sens littéral, à l’auteur de ce livre, Russe blanc d’origine), il est à peu près certain qu’aucun candidat à la présidentielle 2027 n’osera les mettre dans son programme à l’onglet « Lutter contrer l’insécurité ». Mais elles sont d'une efficacité redoutable.
La question centrale de l’État de droit « Le plus fort n’a pas le droit de laisser le moins fort opprimer le faible » : la question centrale est évidemment celle de l’État de droit qui se retourne contre la démocratie (au sens premier du mot, « gouvernement du peuple ») comme Frankenstein s’élève contre son créateur. Un thème cher à Vladimir Volkoff, qu’il explorera à nouveau en 2006, dans un cadre militaire cette fois, avec Le Tortionnaire (Éditions du Rocher). En 2005, Le Monde se contentait d’attribuer à l’auteur, pourfendeur de l’Union soviétique, des « convictions réactions réactionnaires ». Gageons qu’aujourd’hui, il traiterait de crypto-fasciste l’auteur d’un tel roman, pourtant tellement roboratif.
Au cœur d'une cité méditerranéenne dans un pays qui n'est pas nommé, mais qui pourrait être l'Espagne, un de ces quartiers qu'on appelait jadis un «quartier chaud».
En quelques années, le quartier chaud s'est transformé en une véritable cour des miracles. Tout cela n'inquiète guère Julian Dandolo, le jeune et séduisant Administrateur qui vient de prendre ses fonctions. Jusqu'au jour où il est amené, à ses dépens, à apprendre que «le Mal est contagieux».
Il découvre alors ses possibilités à l'égard de la paix civile.
Fiche technique
- Parution
- Août 1990
- Nombre de pages ou Durée
- 600
- Hauteur
- 22.5
- Largeur
- 15.5
- Poids en KG
- 0.785 kg