A fleur de flots

Illustrations de Claude K. Dubois.

D'eux
12,80 €
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   "Lui aussi devait prendre le large. Échapper au réel, s’envoler vers l’ailleurs, retrouver l’absent. Partir. Un verbe pour mission. "

   Le ton de ce premier chapitre apparaît bien grave pour les frêles épaules du jeune héros. Pierre a 14 ans quand il décide, lui, le fils d’un marin disparu depuis trois ans, de quitter Paimpol pour embarquer aussi sur une goélette. Il rejoint un équipage d’« Islandais », ces pêcheurs de morue qui se retrouvent six mois loin de chez eux dans les eaux du Grand Nord. L’assurance et la volonté du gamin sont à la hauteur du nom du bateau sur lequel il part : L’Apogée. La dureté de la traversée, la violence des vagues, la rudesse des hommes à bord… Nous sommes en 1907,...

123 LOISIRS, 5 mars 2025 :

   Au tout début du roman, Pierre a 14 ans. En 1907, trois ans plus tard, le jeune paimpolais embarque pour sa première campagne de pêche. Quand la mère l’aide à faire son paquetage, retrouvant les gestes accomplis lors des nombreux départs du père disparu en mer, l’angoisse est forte au souvenir de la goélette qui l’emporta la dernière fois et dont elle guetta en vain le retour, au bout de la jetée. Pierre connaît le métier « d’Islandais », comme on appelait ceux qui partaient six mois loin de leur Bretagne natale. Il en sait les pièges. Avec pudeur, est évoqué l’alcoolisme du père dont seule la mère Marie-Jeanne a vu les ravages avant la dernière campagne de pêche. Pierre se retrouve coincé dans les glaces sur le navire de son oncle capitaine, brûlant d’impatience de toucher l’Islande, plus pour trouver des réponses sur la disparition de son père que pour réussir la campagne de pêche. A bord, la tension monte, la tempête fait suite à la prison des glaces. Soudain, deux hommes basculent à la mer, dont le capitaine, son oncle. La brute qui frappe régulièrement Pierre a choisi de jeter la seule bouée disponible à un rustre camarade, pas au capitaine… Il prend alors le commandement, ce qui n’augure rien de bon pour le jeune garçon.

   Le langage des dialogues entre enfants de marins à terre ou avec la mère Marie-Jeanne puis, à bord, le rude vocabulaire des marins, les apocopes omniprésentes au début, le vocabulaire parfois cru, l’intensité dramatique ainsi que les situations injustes et violentes, orientent ce roman vers un public mûr, à partir de 15 ans. La narration très soignée, évocatrice et riche de cette histoire forte marquera durablement leur mémoire. Le récit est émaillé de beaux personnages et des brutes épaisses avec, au milieu, un petit gars courageux qui cherche sa place, porté discrètement par la foi.

   Bel achèvement de cette quête au bout des mers, dans la capacité à recommencer une nouvelle vie après le deuil. Le gris des jolies illustrations contribue au ton un peu nostalgique de ce très bon livre vigoureux et profond.

   Il lui avait suffi de voir les mâts des goélettes danser au-dessus des têtes de tous ceux qui le précédaient, comme s’ils cherchaient à se défaire des amarres qui les retenaient, pour que Pierre épouse leur impatience. Une fièvre s’était emparée de lui impossible à refréner. Une prise de conscience fulgurante. Lui aussi devait prendre le large. Echapper au réel, s’envoler vers l’ailleurs, retrouver l’absent. Partir. Un verbe pour mission.

Auteur : Anne Loyer
Editeur : D'eux
Anne Loyer
9782925347583

Fiche technique

Âge conseillé
À partir de 15 ans
Reliure
Broché, couverture souple
Parution
Février 2026
Nombre de pages
136
Hauteur
21
Largeur
15
Poids en KG
0.1960

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