Les vacances - Roman inédit
Préface de Philippe d’Hugues,
Postface et notes du professeur Alain Lanavère,
Avertissement de Robert Brasillach.
Le lecteur va découvrir ici une bien singulière pépite qui n’était pas destinée à être exhumée quatre-vingts ans après la mort de son créateur, alors jeune homme de 19 ans.
BREIZ INFO, Camille Galic, 2026 : Brasillach en vacances, ou la naissance d’un écrivain sous le soleil du Roussillon
Après Les Vacances de la comtesse de Ségur, « née Rostopchine » comme elle aimait le préciser, puis Les Grandes Vacances —prix Goncourt 1946 — de Francis Ambrière, sur son expérience de détenu en stalag pendant la Seconde Guerre mondiale, voici maintenant Les Vacances de Robert Brasillach. Une curiosité restée inconnue du public mais que viennent d’éditer les valeureuses éditions des Sept Couleurs, qui ont entrepris de publier toutes les œuvres du poète assassiné, des plus connues, telle Comme le temps passe…, à la totalité de ses Poèmes, dont beaucoup ignorés, parus en recueil en mai dernier. Le temps retrouvé Si, pour beaucoup de nos contemporains, les vacances sont désormais synonymes d’éreintantes explorations au bout du monde ou de sports extrêmes, on n’oubliera pas qu’étymologiquement, le terme vient du latin vacare — être inoccupé, voire oisif. C’est dans ce sens que l’étudiant Brasillach raconte cette parenthèse enchantée à Solèdes (Collioure) où tout le ravit : les grasses matinées, les nuits torrides, les irisations de la mer, les frémissements des arbres sous lesquels on pique-nique, le goût du poisson et du vin catalans, le corps élancé des jeunes filles, leurs rires clairs et leurs « bras brunis », les amitiés naissantes avec des camarades de plage. Inutile de chercher pourtant une intrigue : si les corps sont alanguis par la chaleur, l’hypersexualisation de notre époque n’est pas à l’ordre du jour, les demoiselles savent se tenir et si émoi il y a, il est vite calmé par un plongeon dans la vivifiante Méditerranée.
Il peut paraître stupéfiant qu’un bosseur comme Brasillach, qui, critique littéraire (sous le pseudo de Jacques Tournebroche, pour une feuille de province) très pointu et bachelier à 16 ans, travailla comme un fou en classe Prépa comme à Normale, puis comme journaliste, ait choisi les vacances comme sujet de son premier roman, écrit en 1928. Mais les vacances sont pour lui synonyme de temps retrouvé, ainsi que cela transparaîtrait dans son Présence de Virgile (1931) où les ravissements de l’auteur de L’Énéide s’évadant de Rome sur la côte amalfitaine coïncident avec ceux du jeune André Vérane ébloui par la splendeur du Roussillon. Et un air de vacances ne plane-t-il pas aussi sur Le Voleur d’étincelles ou Le Marchand d’oiseaux au hasard des pérégrinations de ses héros dans un Paris hélas fort différent de l’image qu’il donne aujourd’hui ? Devoir de mémoire Bien entendu, cet inédit enfin publié est une œuvre mineure. Mais, malgré la ténuité du sujet, les influences évidentes d’Alain-Fournier ou de Colette, voire de Proust, des longueurs et certaines maladresses, on y devine le grand prosateur que deviendra l’auteur des Sept Couleurs et surtout de Notre avant-guerre, son chef-d’œuvre. Mais aussi livre-testament écrit en partie quand il était prisonnier en Allemagne et dont Brasillach semblait s’excuser en admettant qu’on « n’a pas coutume d’écrire ses Mémoires à trente ans ». Mais il a toujours agi comme s’il pressentait que les années lui seraient très chichement comptées. Alors, pourquoi pas un roman à dix-neuf ans ?
En le publiant en ce 80ème anniversaire de la mort du supplicié, l’association des Amis de Robert Brasillach a donc poursuivi son devoir de mémoire. Grâces lui en soient rendues, ainsi qu’à Philippe d’Hugues, auteur d’une préface aussi chaleureuse que pertinente, et au professeur Alain Lanavère dont l’appareil de notes est impeccable ainsi que la postface, où il note très judicieusement que « quelque différents qu’en soient les sujets » les romans de Robert Brasillach s’harmonisent entre eux et donnent l’heureuse impression de former un ensemble cohérent. Autrement dit : une œuvre, et forcément originale ».
LE NOUVEAU PRESENT, Les lectures de Madeleine Cruz, novembre 2025 : bonnes vacances, Monsieur Brasillach !
La parution des bulletins de l’association des amis de Robert Brasillach est une aventure dans l’aventure, si l’on peut dire : cette aventure, c’est la publication plus ou moins trimestrielle, par des bénévoles, d’un recueil, d’une compilation, consacrés à un seul écrivain, l’auteur de Comme le temps passe.
Une sorte d’épais cahier, ma foi très correctement imprimé et mis en page. Les membres de ce club élitiste et raffiné, amateur à la fois de bonne littérature du XXe siècle et d’Histoire contemporaine, sont ainsi régulièrement tenus au courant de l’actualité concernant l’œuvre de Robert Brasillach. Le numéro 158 de la revue évoque par exemple les commémorations relatives à la disparition du poète, il y a 80 ans, ceci sous la plume de Bruno Bardèche, neveu de Robert Brasillach. La première page du bulletin de l’automne 1980, qui portait le numéro 82, est reproduite en page 51 du bulletin de l’automne 2025. En 45 ans, on mesure le chemin parcouru : le bulletin de 1980 était un modeste recueil de quelques feuilles ronéotées, et agrafées à la main selon toute vraisemblance. Le bulletin d’aujourd’hui, lui, compte 60 pages. Il est bourré de photos. Il serait d’ailleurs plus judicieux de parler de revue, à présent, car au fil du temps il s’est épaissis, amélioré, et se présente presque comme un magazine, quoiqu’imprimé en noir et blanc sur papier crème non glacé. Pierre Fabre, le fondateur et président de l’époque de l’association n’en reviendrait pas, lui qui était quasiment persuadé que cette association ne lui survivrait pas. Le bénévolat total, l’absence de toutes subventions publiques, le silence trop souvent entretenu autour de Brasillach, auraient du en effet aboutir à la disparition de l’association et de ses publications. Or c’est tout le contraire : le président de l’association, le Suisse Philippe Junod, nous signale, dans son éditorial, « un regain d’adhésions ».
La réédition, très travaillée, dans le cadre des Editions des Sept Couleurs, de cinq ouvrages de Brasillach (en collaboration avec Maurice Bardèche pour l’Histoire de la guerre d’Espagne) n’a sans doute pas été étrangère à ce « regain ». Mais le développement des réseaux sociaux, la baisse des coûts d’impression, la droitisation de la société française, ont certainement aussi leur part dans ce mouvement de redécouverte de Brasillach, et plus globalement des talents qu’unifia un temps l’hebdomadaire Je Suis Partout, On pense par exemple aux écrits de P.A. Cousteau et à ceux de Rebatet. Les œuvres, complètes ou presque, de ces deux auteurs, maudits et censés être détestés et encore régulièrement montrés du doigt dans les médias mainstream, sont ou ont été rééditées. Qui l’eût cru ?
Ecrits d’extrême jeunesse Le président Junod nous annonce dans le même bulletin des amis de Robert Brasillach, et dans le même éditorial, qu’un inédit de ce dernier, Les vacances, va être publié d’ici peu. Robert Brasillach avait écrit ce roman à l’âge de 19 ans, ceci en quelques semaines seulement, pendant l’été 1928. J’ai hâte de le lire, et de voir si dès ce très jeune âge, le talent perçait déjà, si les thèmes qui dominent l’œuvre de Brasillach se devinaient. Ce roman, qui est donc inédit à ce jour, aurait dû être incorporé dans les œuvres complètes de Brasillach. Mais ce ne fut pas le cas. Maurice Bardèche avait accepté la responsabilité de piloter (et préfacer) les Œuvres complètes, au Club de l’Honnête Homme (qui parurent entre 1963 et 1966), mais il aurait finalement écarté cet inédit, se souvenant peut-être de ce que lui avait dit Robert, en 1929 : « J’abandonne mes Vacances que j’avais pensé remanier considérablement. Mais je ne sais pas remanier […] ».
Dans ce texte inédit que Brasillach qualifiait de « semble-roman », on peut déjà déceler les ébauches des thèmes qui nourriront son œuvre future.
Sans être autobiographique, cet ouvrage s’inspire évidemment de la vie de son jeune auteur. Les familiers de Robert Brasillach reconnaîtront Sens, Collioure, la plage de Canet; ils identifieront certains visages venus de camaraderies estudiantines toutes fraîches ; ils retrouveront les goûts littéraires du khâgneux. Les autres seront sensibles à la peinture un peu surannée de la jeunesse représentative de la classe moyenne des années trente.
Avec une sorte de nonchalance paresseuse, parfois lascive, le personnage principal, André Véranes, s’épanche sur les vacances, la mer, les jeunes filles en fleur – à une époque où les garçons regardaient ces créatures comme autant d’êtres attirants et mystérieux. Il médite longuement sur l’amitié, la vraie, celle de Montaigne et La Boétie, qu’il découvre cette année-là, reflet de celle qui unira pour la vie Robert Brasillach à Maurice Bardèche. Et, surtout, André Vérane a le goût de sa propre jeunesse: âgé de dix-huit ans, il se souvient de ses seize ans; il nous invite à savourer les heures qui s’écoulent, avec un bonheur teinté d’inquiétude, déjà soucieux du souvenir qu’il en gardera, comme d’une nostalgie future.
La préface est de Philippe d’Hugues, enthousiasmé par cette découverte littéraire. Une postface du professeur Alain Lanavère, suivie de notes abondantes, vient éclairer le texte par une étude critique montrant tout ce qui est en gestation dans le travail du romancier en herbe qui deviendra un des meilleurs espoirs des lettres françaises avant de finir tragiquement face à un peloton d’exécution, 17 ans plus tard.

Essayiste et romancier, Robert Brasillach (1909-1945) fit ses études au lycée Louis-le-Grand à Paris puis à l’Ecole Normale Supérieure. Très jeune, il devint le responsable de la chronique littéraire de L’Action française et l’auteur de plusieurs chef-d’œuvres littéraires. En 1939, il succédera à Pierre Gaxotte à la tête de l’hebdomadaire Je suis partout.
En 1945, victime des drames de l’épuration, il fut condamné à mort par une cour de justice et exécuté malgré une pétition signée et adressée au général De Gaulle par les plus grands écrivains français dont François Mauriac.
Fiche technique
- Reliure
- Brochage traditionnel, cousu,
- Parution
- 20 novembre 2025
- Nombre de pages
- 250
- Hauteur
- 22.5
- Largeur
- 15.5
- Poids en KG
- 0.210