Romans et voyages II
Annotations de Vital Rambaud & Jean d'Hendecourt
En 1921, les surréalistes ont fait à Barrès un procès spectaculaire. Meurtre rituel du père, fureur sacrée des disciples dévorant leur maître : l'histoire littéraire ne connaît aucune autre mise à mort de ce genre. Elle ne peut s'expliquer que par l'immense popularité du prince de la jeunesse.
PRESENT 12 octobre 2018- Marcel Gaillard :
[...] Lire Barrès est un vrai plaisir. C’est superbement écrit, émouvant et intéressant. C’est également un exercice salutaire, une cure d’altitude qui paradoxalement remet les pieds sur terre. En ces temps de disgrâce mondialisée, délocalisée, désincarnée, nous sommes soumis à une propagande massive, et le christianisme n’échappe hélas pas toujours à cette tentation de l’universel abstrait. Barrès nous remet les yeux en face des trous, nous rappelant qu’on n’a jamais vu de chrétiens tout court, seulement des Français, des Italiens ou des Russes chrétiens.
La présente édition des Romans et Voyages comporte deux volumes :
- Le premier contient : Le Culte du moi : Sous l'oeil des Barbares - Un homme libre - Le Jardin de Bérénice ; L'Ennemi des lois ; Du sang, de la volupté et de la mort ; Le Roman de l'énergie nationale : Les Déracinés - L'Appel au soldat - Leurs figures.
- Le second contient : Amori et dolori sacrum ; Les Amitiés françaises ; Les Bastions de l'Est : Au service de l'Allemagne - Colette Baudoche ; Le Voyage de Sparte ; Greco ou le Secret de Tolède ; La Colline inspirée ; Un jardin sur l'Oronte ; Le Mystère en pleine lumière.
En 1921, les surréalistes ont fait à Barrès un procès spectaculaire. Meurtre rituel du père, fureur sacrée des disciples dévorant leur maître : l'histoire littéraire ne connaît aucune autre mise à mort de ce genre. Elle ne peut s'expliquer que par l'immense popularité du prince de la jeunesse.
N'est-ce pas Léon Blum qui affirmait dès 1900 : "Ce qui est sûr, c'est que nous l'aimons. Alors même qu'il ne serait pas un grand écrivain comme il est, sûr de son style et de sa pensée, maître d'une forme qui est bien à lui, nul ne lui contesterait le mérite plus rare d'avoir empreint d'une marque indélébile l'esprit de toute une génération" ?
Barrès le maître, le guide ? Pour beaucoup, dont Aragon : "La lecture -de Barrès- fut pour moi un grand coup de soleil et il n'est pas exagéré de dire qu'elle décida de l'orientation de ma vie." La déception de voir Barrès verser dans le boulangisme, devenir antidreyfusard, patriote borné, chantre du carnage ne fut que plus vive. Admirateurs et disciples crièrent à la trahison et Barrès a payé par un long purgatoire l'excès de sa gloire.
Il nous reste, aujourd'hui, à redécouvrir les grands textes de l'une des figures emblématiques de la littérature du XXe siècle. Robert Kopp

Né à Charmes (Vosges), le 19 août 1862. Maître à penser de toute une génération, Maurice Barrès le fut tout autant par son œuvre littéraire que par son style de vie. Dans les années 1880, il fréquenta à Paris le cénacle de Leconte de Lisle et les milieux symbolistes. Parallèlement à sa carrière d’écrivain qui lui assura un succès précoce — il n’a que vingt-six ans quand paraît le premier tome de sa trilogie Le culte du moi — il se lança dans la politique. Boulangiste par anticonformisme et par rébellion contre l’ordre établi, il fut élu député de Nancy en 1889. L’Affaire Dreyfus qu’il vécut comme une menace de désintégration de la communauté nationale l’incita d’emblée à se placer dans le camp des antidreyfusards dont il devint l’un des chefs de file. Dès lors, sa pensée s’orienta vers un nationalisme traditionaliste, plus lyrique et moins théorique que celui de Maurras, mais fondé sur le culte de la terre et des morts. Pour défendre ses idées, il fonda, en 1894, son propre journal, La Cocarde, et écrivit surtout entre 1897 et 1902 la trilogie du Roman de l’énergie nationale dans lequel le « culte du moi » se trouvait enfin transcendé dans la fidélité au sol natal.
À la suite de « l’Affaire », il ne devait plus quitter l’arène politique, assumant la présidence de la Ligue de la Patrie française puis celle de la Ligue des patriotes, à la tête de laquelle il succéda à Paul Déroulède en 1914, affichant enfin pendant toute la durée de la guerre un patriotisme cocardier qui lui valut d’être élu par Le Canard enchaîné, chef « de la tribu des bourreurs de crâne ». Dès avant la guerre cependant, l’année 1906 devait lui apporter la consécration politique et littéraire grâce à une double élection : comme député de Paris — il le resta jusqu’à sa mort — et comme académicien. Après s’être présenté en 1905 au fauteuil d’Eugène Guillaume et avoir échoué contre Étienne Lamy (qui devint le 500e « Immortel »), il avait brigué la succession du duc d’Audiffret-Pasquier mais s’inclina, étant simple député, devant la candidature du ministre Ribot. La mort du poète Heredia ouvrit alors une seconde vacance qui permit à Maurice Barrès d’être élu le 25 janvier 1906, par 25 voix contre 8 à Edmond Hauraucourt et une voix à Jean Aicard. Il fut reçu le 17 janvier 1907 par le vicomte de Vogüé. Il reçut à son tour Jean Richepin, en 1909. Mort le 4 décembre 1923.
Prix Alfred Née - Prix de littérature et de philosophie créé en 1893, décerné à l’auteur de l'œuvre la plus originale comme forme et comme pensée.
Fiche technique
- Reliure
- Broché
- Parution
- Août 2018
- Nombre de pages
- 1160
- Hauteur
- 19.5
- Largeur
- 13.5
- Épaisseur
- 3.2