Tragi-comédie de ma surdité - 1945
Avant-propos de François Lyvonnet.
Devenu sourd à l’âge de quatorze ans, Charles Maurras voit son monde s’écrouler. Sa surdité le conduit à la plus grave crise morale de son existence. Il doit faire un trait sur ses aspirations à devenir marin, comme le furent ses aïeux et se réfugie dans la foi sous la protection de l’abbé Jean-Baptiste Penon, futur évêque de Moulins.
Dans Tragi-comédie de ma surdité, publié en 1951, Maurras retrace cette période : la maladie, les efforts pour trouver un moyen de guérir, l’acceptation de sa nouvelle condition et la découverte de la poésie comme une voie de salvation. Il s’agit d’un texte court où Maurras se place à la suite des grands sourds qui illustrèrent la poésie dans la langue qu’ils magnifièrent : Ronsard et Du Bellay, auteur d’un «Hymne à la surdité» et où l’on accompagne un Maurras adolescent qui arrive à Paris afin de commencer ses études.
Au sommaire :
- Avant-propos
Tragi comédie de ma surdité
- Caractère du mal physique
- Fable d'un malevolus poeta
- Mes bons anges
- Paris
- Les voitures
- Début de vie publique
- Le geôlier
On m'a souvent dit, pour me consoler, qu'en m'éloignant des vains bruits du monde, une admirable Providence m'avait fait des loisirs pour réfléchir et méditer. Mais la matière à réflexion et méditation est portée à l'esprit par les bruits du monde ; ils ne sont pas si vains ! Et, pourrais-je ajouter, je ne réfléchis, ni ne médite jamais aussi bien qu'au débouché de ces bruits-là ! Il resterait à écouter l'ingénieuse poétesse (russe, si je ne me trompe) qui, certain soir du début du sombre été de 1939, m'assura en public que si les dames me voulaient parfois quelque bien, c'était que la nécessité de se faire entendre imposait déjà l'obligation de supprimer beaucoup d'espace entre leurs douces lèvres et mon malheur.
Cet argument serait supérieur à tout s'il se fondait sur quelque chose de réel. Ce n'est, hélas ! qu'un "si" de pure invention, de féerie ou de leurre.

Charles Maurras (1868–1952) est un écrivain, journaliste et philosophe politique français. Né à Martigues il se forme par une culture classique rigoureuse. Il fonde au tournant du XXᵉ siècle la doctrine du nationalisme intégral, conciliant la grande tradition contrerévolutionnaire et le nationalisme. Figure centrale de l’Action française, qu’il dirige intellectuellement, il défend la monarchie héréditaire comme principe d’ordre et de continuité. Écrivain prolifique, il marque la critique littéraire, la poésie et l’essai politique. Académicien en 1938, il soutien au régime de Vichy. Condamné en 1945 à la réclusion et à l’indignité nationale, il est libéré pour raisons de santé.
Il meurt à Tours en 1952, laissant une œuvre majeure mais profondément controversée qui il influença de près ou de loin des écrivains mais aussi des hommes politiques : de Bernanos à Maritain en passant par Marcel Proust, du général De Gaulle à François Mitterrand en passant par Georges Pompidou…