L'HOMME NOUVEAU, Pierre Benoît, 4 mars 2026 :
Depuis quelques années, les moines de Fontgombault s’emploient à l’édition de textes d’Étienne Gilson (1884-1978), la plupart du temps inédits en langue française. Gilson, qui fut l’un des grands acteurs du renouveau thomiste, publia en 1964, à New York, The Spirit of Thomism qui reprenait des leçons données à l’université de Georgetown (États- Unis). D’un format de poche, le livre est modeste en taille et ne s’adresse pas à un public de spécialistes. Il vise à expliciter non pas la doctrine thomiste mais la démarche de saint Thomas telle que Gilson la perçoit. D’emblée, ce dernier est très clair : « l’esprit du thomisme n’est pas le thomisme. (...) “l’esprit” d’une doctrine est le principe d’inspiration et d’animation qui l’imprègne et la trempe ». Fort de cette précision, Gilson présente les idées maîtresses de Thomas, le rapport philosophie-théologie, et s’attarde aux défis modernes qui se présentent au thomisme. Le ton est clair, didactique et sans détours, même si certains passages font référence à des querelles d’école. L’essentiel cependant n’est pas là, mais dans la compréhension du réalisme et de l’optimisme foncier de saint Thomas.
Au sommaire :
- La double certitude
- Le plan directeur de la création
- Une métaphysique du nom de Dieu
- Un thomisme vivant
- Index des noms - Index scripturaire - Index des textes de saint thomas
Dans ce petit livre de 1962 qui n'avait jamais été traduit en français, Étienne Gilson présente les idées maîtresses de saint Thomas d'Aquin : la double certitude sur laquelle se fonde sa doctrine théologique et philosophique, sa conviction au sujet du motif pour lequel Dieu a créé le monde, le caractère fondateur de la métaphysique contenue dans la révélation biblique du Nom divin.
Puis il recense les défis auxquels le thomisme doit faire face s'il veut pouvoir apporter aujourd'hui encore sa contribution à la théologie, caractérisée par « l'admirable harmonie entre la révélation et la raison, entre la nature et la grâce, puisque la nature a été créée en vue de la grâce, qui seule rend les natures intellectuelles capables d'atteindre leur fin. »
Connaisseur éminent de saint Thomas d'Aquin, Gilson laisse également transparaître dans ces pages l'admiration profonde qu'il lui voue : « Un tel mélange intime de raisonnement métaphysique et de foi religieuse en la révélation est assurément extraordinaire. Certains mettent en doute sa sincérité ; d'autres s'en scandalisent ; et pourtant, le véritable esprit du thomisme est d'y trouver une source d'émerveillement et de joie, pour l'âme autant que pour l'esprit. »

Étienne GILSON (1884-t978) fut professeur à la Sorbonne, à l'École pratique des hautes études, à Harvard et au Collège de France ; il fut élu à l'Académie française en 1946. Plusieurs ouvrages ont fait de lui l'un des maîtres de l'histoire de la philosophie médiévale. Il a renouvelé l'étude de la pensée de saint Thomas d'Aquin en y dégageant une métaphysique de l'acte d'être. En 1929, il fonda à Toronto l'huasad of Medieval Studio.