La guerre d'Indochine l'enlisement, l'humiliation, l'aventure
Les trois volumes de La Guerre d'Indochine, pour la première fois réunis en un seul volume. Texte intégral.
LA GUERRE D'INDOCHINE, trois volumes en un seul !
L'ENLISEMENT :
Lucien Bodard raconte dans L'Enlisement comment un corps expéditionnaire magnifique a pu se faire écraser au bout de sept ans en Indochine par des guerilleros misérables et dépourvus de tout. Ce que l'on appelait en France la «sale guerre» avait été pour le Corps Expéditionnaire la «guerre heureuse». Le sang, la mort, le supplice, la volupté, la paresse, la «grande vie», le militarisme esthétique, tout cela est indiciblement mêlé. Mais c'était aussi l'Enlisement. L'on pacifiait vite, mais l'on n'arrivait pas à tuer la guerrilla. La mitraillette rapportait, l'Indépendance rapportait, la piastre rapportait, elle finançait la guerre de tout le monde. L'équilibre aurait pu durer longtemps. Mais en un mois, on allait tomber de l'Enlisement dans l'orgueil à l'Humiliation de la défaite. Après cela la guerre d'Indochine traînera, mais elle était déjà condamnée.
L'HUMILIATION :
Le Corps expéditionnaire s'est déjà enlisé en Indochine – enlisement dont il est heureux car c'est l'aventure à la fois cruelle, sensuelle, profitable et héroïque. Mais soudain il va connaître l'humiliation. C'est la surprise totale. En apparence tout va bien. À Saigon, la piastre coule miraculeusement, finançant la guerre et l'idéologie pour tout le monde. Saigon, cette plaque tournante de l'argent, est alors une cité où tout n'est qu'accommodements, grouillements, mystères et jouissances. Et, pendant que prolifèrent la piastre des riches et la piastre des pauvres, le bandit Baivian devient le maître du «Grand Monde», le plus vaste établissement de jeux de l'univers, grâce à Bao-Daï. Plus tard ce Vautrin jaune sera préfet de police. Tout est pour le mieux. On a même l'illusion de la victoire. Les Français pacifient presque complètement les deltas de la Cochinchine et du Tonkin. Les Vietminh affamés proclament que «chaque grain de riz vaut une goutte de sang». Mais il y a quelques rares prophètes de malheur qui annoncent des catastrophes prochaines, comme le général Revers. On ne le croit pas, on Ie «torpille» dans un scandale. Et pourtant il a raison en affirmant que la «solution Bao-Daï» est pourrie, en affirmant surtout qu'une avalanche d'hommes va surgir des jungles de la frontière de Chine, submergeant tout. En effet, soudain, c'est le cataclysme. La destruction presque totale de deux colonnes françaises dans les calcaires de Dong-Khé. Rien de plus horrible que l'anéantissement de ces milliers de soldats français en pleine jungle, par des Viets innombrables.
Mais une pareille défaite, c'est la conséquence de tout ce qui s'est passé depuis un an à Hanoi, à Saigon, à Paris, c'est le résultat de la bêtise des états-majors et des Gouvernements, une longue suite d'erreurs mesquines qui s'accumulent, qui créent la situation stupide et inexplicable que l'on paiera avec du sang. Tout semble perdu. Ce sont les jours affreux de l'humiliation – les Viets, ces Jaunes que l'on dédaignait, sont les plus forts ; l'on ne croit plus à rien. Mais c'est alors, dans ce désespoir, que de Lattre recréera une foi – une illusion encore qui s'achèvera par une humiliation pire, deux ans plus tard, à Dien-Bien-Phu. De Lattre mourra, et son sacrifice n'aura servi à rien : il laisse un Corps expéditionnaire condamné.
L'AVENTURE :
Fin 1950, de Lattre débarque en Indochine pour effacer l'humiliation. Il va transformer le moral du Corps expéditionnaire par des victoires, et aussi par son extraordinaire génie de la publicité et de la mise en scène. Pour un temps, il tirera ses troupes de leur misère, leur rendra la dignité et la confiance. Mais il se désabusera lui-même et sera trop lucide pour ne pas s'apercevoir rapidement qu'il n'aura créé qu'une grande illusion. Après la victoire de Vinh Yen et les chants de gloire qui retentissent dans le monde entier, de Lattre s'aperçoit qu'en Indochine, rien ne mène à rien. Il s'acharnera, usera toutes ses forces. On peut dire qu'il en mourra, après avoir vu mourir son fils, Bernard.
L'aventure que raconte Lucien Bodard dans ce nouveau volume, c'est la dernière épopée romantique, la plus étonnante des temps modernes. Avec celui qu'on appelait «le roi Jean», avec sa cour et ses «maréchaux» pittoresques, les Français vivent quelques mois dont la splendeur cache les germes de la défaite et de la mort. Pour De Lattre et les siens, la tragédie indochinoise se confond bientôt avec une tragédie personnelle, qui va coûter la vie au fils, et puis au père.
Lucien Bodard balaie en près de mille deux cents pages quinze années tragiques où se mêlent l'espoir et les larmes. Parce qu'il a croisé les acteurs de cette guerre, il les fait revivre avec force : Giap, de Lattre, Bao Dai et les autres.
C'est le récit d'un auteur qui a vécu son sujet, qui sait les dangers de la jungle, la fraîcheur des hauts plateaux. Et il y a ces lieux, oubliés parfois, Dien Bien Phu, bien sûr, mais aussi Vinh Yen, Lang Son, Cao Bang, la R.C.4... Lieux amers et drôles. Qui se souvient du Saïgon des bandits, des piastres et des jeux, cité de jouissance célèbre dans tout l'Orient ?
De l'aventure à l'humiliation, des jours tendres aux pluies cruelles, voici l'histoire d'une guerre, l'histoire de deux pays, passion désordonnée et proche où notre innocence s'est perdue.
Né en Chine en 1914 et mort à Paris en 1998, Lucien Bodard s'est vite imposé comme un des plus grands reporters de classe internationale. Ses articles ont fait partout sensation. De son expérience du continent asiatique, il a tiré des ouvrages fondamentaux : La Chine de la douceur, La Chine du cauchemar, Mao, et une trilogie consacrée à la guerre d'Indochine.
Il est également l'auteur d'un bouleversant témoignage : Le massacre des Indiens. Monsieur le Consul est le premier roman de Lucien Bodard qui, d'emblée, a rallié les suffrages de la critique et du public. La qualité saisissante de cette oeuvre a valu à son auteur le Prix Interallié 1973 décerné à l'unanimité, et le Prix Goncourt pour Anne-Marie.
Fiche technique
- Parution
- 1997 - Nouvelle édition avril 2025
- Nombre de pages
- 1176
- Hauteur
- 24
- Largeur
- 15.5
- Épaisseur
- 4.5
- Poids en KG
- 1.310