Le général Beaufre Père de la stratégie française
Préface de Michel Goya
Le grand stratège méconnu.
Un livre passionnant et très prenant, offrant une biographie objective d’une personnalité hors norme, fondée sur ses expériences et sa pensée stratégique.
L'HOMME NOUVEAU, Christophe Carichon, 16 mai 2026, N°1855 :
Ce livre est la version abrégée d’une thèse en sciences politiques consacrée au général André Beaufre (1902-1975), penseur militaire français plus ou moins fameux chez les préparants à l’École de guerre et totalement méconnu du grand public.
L’auteur s’est passionné pour cet officier atypique et a divisé son ouvrage en trois parties : le soldat, le stratège, le stratégiste. Beaufre est saint-cyrien de l’immédiat après-guerre et de la « plus grande France ». Jeune officier de tirailleurs algériens, il combat au Maroc, est blessé gravement, cité trois fois et décoré de la croix de la Légion d’honneur à 23 ans. Il est un soldat qui connaît le combat. Lauréat de l’École de guerre, il sert par la suite en état-major. En 1940, il assiste, amer, à la Débâcle sans tirer un coup de feu (il publiera Le Drame de 1940 en 1965). Officier de l’armée d’armistice, giraudiste, puis fidèle parmi les fidèles de de Lattre qu’il sert du Tyrol à l’Indochine, il commande une division en Algérie en 1955 et la Force terrestre française lors de la crise de Suez en 1956. Il est en poste ensuite au sein des Forces françaises en Allemagne (FFA) et à l’Otan. Stratège reconnu, il refuse la proposition de Messmer de devenir chef d’état-major général de la Défense nationale car cet esprit libre ne veut pas être réduit à l’état de « godillot. » Il faut avouer aussi que le « Grand Charles » ne l’estime pas beaucoup. Il met alors un terme à sa carrière militaire en 1962 comme général d’armée (cinq étoiles).
Un grand stratégiste
Grand officier de la Légion d’honneur et titulaire de onze citations, officier discipliné et critique, indépendant et libre, Beaufre est l’un de nos grands stratégistes du siècle dernier. Très tôt, il s’est initié à l’art de la guerre avec le Britannique Liddell Hart puis plus tard avec le général de Lattre. Après avoir quitté l’armée, il fonde l’Institut français d’études stratégiques et la revue Stratégie. Il devient aussi journaliste et conférencier international. Son maître livre Introduction à la stratégie date de 1963.
Grand défenseur de la stratégie nucléaire française, atlantiste convaincu et partisan de l’Europe de la défense, Beaufre ne néglige pas pour autant l’importance du combat conventionnel et de la guerre psychologique. Il est déjà, jeune capitaine, l’un des concepteurs de la notion de « paix - guerre », forme de conflit dont l’intensité reste sous le seuil du combat. Il est jusqu’à sa mort précoce en 1975, lors d’un déplacement en Yougoslavie, un expert militaire reconnu bien au-delà des frontières puis sombre dans l’oubli, sauf dans le monde anglo-saxon, à l’instar des colonels David Galula et Roger Trinquier, penseurs de la guerre contre-révolutionnaire. Nul n’est jamais prophète en son pays…
Une belle biographie à l’écriture agréable de l’un de nos grands stratégistes dont la pensée est à lire, à méditer et à se réapproprier. Il faut ajouter une mention spéciale à la préface percutante du colonel Michel Goya, historien militaire reconnu, mais regretter encore l’absence de cahier photos dans cette collection. Certains éditeurs ne comprendront-ils donc jamais qu’« une image vaut mille mots » et que l’iconographie permet l’enrichisse - ment de l’écrit, surtout dans le cas d’une biographie ?
André Beaufre (1902-1975) suit sa scolarité au collège Sainte-Barbe sous la menace des canons allemands. Contre l'avis de son père, le jeune bachelier entre à Saint-Cyr. Débute alors pour lui une carrière militaire dont les grandes étapes se confondent avec l'histoire militaire de la France jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie. Lieutenant dans le Rif où il est grièvement blessé en 1925, il est capitaine de tirailleurs marocains dix ans plus tard, avant d'assister à l'effondrement de juin 1940. Compagnon de fuite du général Giraud en 1942, il participe à la libération de la France. Après l'Indochine, il devient général commandant une division en Algérie et prend enfin la tête des forces terrestres engagées à Suez en 1956.
En 2025, pour le cinquantième anniversaire de sa disparition, l'auteur lui consacre une biographie d'envergure, après avoir fait de l'étude de sa pensée le motif d'une thèse de doctorat soutenue en 2020. Célèbre à l'étranger, redécouvert en France depuis une trentaine d'années, le " Clausewitz français " est couramment cité à l'appui des analyses les plus en vue sur la conflictualité contemporaine.
Traduit dans plus d'une vingtaine de langues, son livre phare – Introduction à la stratégie – est une référence dans le monde entier. Du point de vue conceptuel, Beaufre redessine l'espace global de la stratégie en combinant des domaines d'action qui lui étaient étrangers. Ce qu'il nomme en l'espèce " stratégie totale ", qui s'apparente aujourd'hui à la très en vogue " approche globale ", est la réponse au constat d'un monde en situation systémique de " paix - guerre ". Le triptyque contestation-compétition-affrontement, qui scande les prises de parole du chef d'état-major des armées (CEMA), exprime ce " retour aux extrêmes ". Pour y répondre, Beaufre traduit le remède, la stratégie totale, en posologie pouvant couvrir un large spectre des maux, de l'arme nucléaire au combat de partisans en passant par la guerre classique.
Fiche technique
- Reliure
- Broché, couverture souple
- Parution
- 2025
- Nombre de pages
- 400
- Hauteur
- 24
- Largeur
- 15.5
- Épaisseur
- 3.6
- Poids en KG
- 0.628