La véritable histoire des Cristeros
Préface du Cardinal Medina Estevez.
Les Cristeros ? C'est leur histoire trop longtemps passée sous silence que raconte Hugues Kéraly dans cette nouvelle édition augmentée.
- Avec un cahier de photos inédites.
L'année précédente, le pape Pie XI a proclamé le Christ "Roi des Nations"... Au Mexique, une nation entière se mobilise sous les drapeaux du Dieu fait homme, elle marche vers les mitrailleuses et les canons de l'Antéchrist parce qu'elle refuse l'abdication des dernières libertés de sa foi.
"Heureuses les nations qui savent honorer leurs martyrs", écrit dans sa préface le cardinal Medina.
Voici donc l'extraordinaire Histoire de l'épopée cristera, telle qu'elle nous est apparue sur place dans le trésor des archives familiales, des publications clandestines et le récit des derniers témoins.
L'HOMME NOUVEAU, 3 mai 2014 :
Bien avant l’annonce de la sortie du superbe film Cristeros, en salle à partir du 14 mai prochain, le journaliste et écrivain Hugues Keraly s’est rendu au Mexique pour enquêter et rapporter un livre magnifique consacré à cette épopée catholique. Il a bien voulu répondre à nos questions.
[...] Votre livre, La Véritable Histoire des Cristeros, se lit comme un roman. Avez-vous exagéré les faits historiques pour attirer le lecteur ?
- Quand la réalité dépasse la fiction, on peut toujours penser que le narrateur l’aura un peu… sollicitée. Pour ma part, j’ai seulement voulu conter une histoire, en faire comprendre les ressorts humains, psychologiques, spirituels, transmettre une émotion. Ce n’est pas la méthode de l’archiviste ou de l’historien. Elle se rapproche plutôt de celle du romancier. Mais chacun des faits consignés dans ce livre repose sur des témoignages oraux ou écrits d’acteurs et de témoins directs, nombreux et concordants. Qu’on ait voulu les cacher si longtemps, pour ménager les responsables politiques ou ecclésiastiques du grand massacre final, ne retranche rien à leur authenticité.
- On compare facilement l’épopée des Cristeros à la Vendée militaire. Cette comparaison tient-elle vraiment la route ? Il y a de nombreux points de comparaison. Mais l’Armée catholique et royale de Vendée se bat pour Dieu et pour le roi. L’insurrection des Cristeros mexicains est « catholique et royale », elle aussi, mais pour la seule Personne du Christ, Roi des nations. Elle ne poursuit aucun autre objectif que le retour du Seigneur dans ses tabernacles et combat pour les libertés de la foi. C’est ce qui fait son caractère absolument unique, mystique, eschatologique, apocalyptique, dans toute l’Histoire de la chrétienté.
- Face aux Cristeros, le pouvoir laïcard et franc-maçon est-il vraiment le seul adversaire ?
- Est-ce que celui-ci ne profite pas aussi de la réaction des « WASP » américains ? Vous avez raison : les « Anglo-Saxons protestants blancs » de l’époque se considèrent comme une race supérieure, prédestinée à se soumettre tous les pays du Nouveau Monde. Ils méprisent résolument la population mexicaine, si fortement métissée, et plus encore sa religion. Les capitalistes américains, en échange de la paix dans leurs concessions de pétrole, n’auront donc aucun mal à convaincre la Maison-Blanche de soutenir de toutes ses forces économiques, diplomatiques, logistiques et militaires le gouvernement fédéral de Plutarco Elias Calles dans l’écrasement de l’insurrection cristera.
- Quelle a été l’attitude de Pie XI face au soulèvement des Cristeros et, plus largement, des évêques mexicains ?
- Pie XI a suivi cette insurrection de la foi chrétienne, qu’il appelait « la grande bataille du Christ », avec une énorme émotion… Qu’a-t-il pu se passer dans l’esprit du pape, en juin 1929, pour qu’il oblige ou laisse dire qu’il obligeait les Cristeros, par le truchement du délégué apostolique, à déposer les armes ? et pour qu’il entérine ensuite par un si long silence la normalisation révolutionnaire du clergé mexicain ? Le chroniqueur n’est pas en mesure de répondre à cette question, la plus tragique peut-être du pontificat de Pie XI : plus redoutable encore que le drame français de la même époque, celui de l’Action Française, si l’on songe que la condamnation des Cristeros décapitait la meilleure chrétienté d’Amérique en pleine libération nationale, et qu’elle dirigeait ses soldats vers la mort sans le secours des sacrements. La seule indication éclairante ne figure point dans les textes, mais dans la présence active d’un collaborateur très spécial du Saint-Père sur tout le marathon diplomatique des « Arreglos » : le père Walsh, jésuite américain, qui avait déjà travaillé en Russie comme diplomate du Vatican pendant les années de la Révolution, et entretenait des relations très amicales avec les bolcheviks et les francs-maçons des deux continents. Dans l’hypothèse la plus favorable, le Saint-Père se trompait à la fois sur la détermination antireligieuse du régime mexicain, et la détermination catholique de ses propres ambassadeurs. Et il faudra attendre près de dix ans, avec le soulèvement des catholiques espagnols, pour que le pouvoir temporel des laïcs soit reconnu par le Saint-Siège dans toute sa plénitude et son autonomie....
ICRSP : Connaissez-vous l'histoire des Cristeros ?
C'est une histoire poignante et réelle, remplie de l'espérance chrétienne. De 1926 à 1929, le peuple mexicain, privé de sacrements et du droit de culte, prend les armes pour défendre les droits du Christ-Roi rappelé par le pape Pie XI dans l'encyclique Quas Primas. Nombre d'entre eux, femmes, enfants, hommes seront martyrisés en raison de leur attachement à la foi. Certains ont été béatifiés et canonisés par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI.
C'est leur histoire trop longtemps passée sous silence que raconte Hugues Kéraly dans cette nouvelle édition augmentée d'un livre jusqu'ici épuisé. Cette édition bénéficie d'une préface du cardinal Medina Estevez, préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin, le même qui annonça au monde l'élection de Benoît XVI. Avec un cahier de photos inédites.
La découverte des Cristeros mexicains réserve aujourd'hui de fortes surprises, pour avoir été précisément interdite d'histoire pendant près de trois générations.
Voilà le fait, l'événement brut et formidable que les chroniques du Nouveau Monde n'ont jamais rapporté : de 1926 à 1929, dans les états du Mexique, tout un peuple chrétien armé de machettes et de vieux tromblons affronte au chant du Christus Vincit des régiments de ligne fédéraux, qui arborent le drapeau noir aux tibias entrecroisés et crient Viva el Demonio!

Hugues Kéraly, ancien professeur de philosophie politique à l'IPC puis chroniqueur et grand reporter à la revue Itinéraires, ancien rédacteur en chef du journal Présent se définit lui-même comme journaliste et philosophie chrétien.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages.