Notre Avant-guerre
Préface de Alain Lanavère,
Notes, notices et iconographie de David Gattegno.
Cet ouvrage voulait réunir des images de son temps : la présente édition en a collecté 250, illustrant ce que fut le monde évoqué par Robert Brasillach. Enfin, de nombreuses notices présentent certains mouvements, partis, associations ou titres de périodiques susceptibles d’être peu connus des lecteurs d’aujourd’hui.
Au sommaire :
- Préface d'Alain Lanavère - A mes amis
- Le matin profond
- La douceur de vivre
- La fin de l'après-guerre
- Les révolutions manquées
- J'avais des camarades
- Ce mal du siècle, le fascisme
- Orage de septembre
- 6 février 1940
- Notices - index des noms cités..
Une très riche iconographie se découvre au fil des pages. Potos en noir et blanc, in-texte.
BREIZH INFO, Y.V., le 28 mars 2026 :
Breizh-info.com : Votre édition comporte une riche iconographie et des notices explicatives : en quoi ces éléments permettent-ils de mieux comprendre le contexte et les références du livre ?
- Le récit de Brasillach est facilement accessible au lecteur d’aujourd’hui en ce qu’il est celui de la jeunesse même, qui est de tous les temps. Ses descriptions sont tellement souples et évocatrices que l’on peut le lire sans connaître, par exemple, ce que fut l’hebdomadaire Vendredi… Cependant quelques esprits curieux aimeront en savoir plus sur des revues, des journaux, des mouvements politiques aujourd’hui oubliés ou peu connus. Quant aux images d’époque (plus de 200 !) réunies par David Gattegno, elles offrent un support concret, montrent les acteurs de la vie politique et littéraire, aident à entrer dans l’intimité du groupe d’amis. Les images de Paris, choisies pour coller au texte, permettent de voir la ville qu’il arpente et qui a tellement changé.
Breizh-info.com : À qui s’adresse aujourd’hui cette réédition : aux historiens, aux amateurs de littérature, ou à un public plus large désireux de comprendre une époque troublée ?
- Les amateurs d’histoire y trouveront surtout le climat de l’entre-deux-guerre, restitué avec les yeux d’un garçon de 20 ans, mais Les Lettres à une provinciale, recueil inédit d’articles écrits par Brasillach dans Je suis partout (publié aux Sept couleurs) offrent à cet égard une documentation plus concrète. Notre avant-guerre est avant tout un récit enchanteur, la joie de vivre se mêle à la nostalgie de l’insouciance estudiantine : la fin de sa jeunesse, c’est aussi la fin de la paix et cela apporte en sourdine une tension dramatique à ce récit si léger en apparence. En 1939, il dit adieu à un temps qui ne reviendra pas, mais lui laisse un souvenir lumineux. Cinq ans plus tard, lorsqu’il regardera la mort en face dans sa cellule, cette féerie des temps passés lui inspirera un des plus beaux poèmes écrits à Fresnes, Le testament d’un condamné. La vocation de l’association des Amis de Robert Brasillach est de faire partager ce bonheur de le lire au plus grand nombre de lecteurs possible.
LE NOUVEAU PRESENT, Florence Dunois, mars 2026 :
Quoi, encore Brasillach, encore Notre avant-guerre ! Mais toutes les grandes œuvres ont connu de multiples éditions. Or ce livre, commencé en 1939 et achevé en 1940 « aux armées », est une grande œuvre, à découvrir — et surtout à faire découvrir par les jeunes.
Lesquels s’apercevraient que ce brillant normalien familier de l’anti-héros grec Philoctète et auteur à 22 ans d’une biographie du poète latin Virgile, était nonobstant un cinéphile insatiable, infatigable piéton de Paris et nageur accompli, de plus amateur de canulars, de « chansons de la TSF », de franches lippées et de virées entre copains aux Baléares ou sur la Marne. Le contraire d’un rat de bibliothèque.
Du traumatisme de 14-18 à la collaboration : Pour montrer une telle précocité et jouir ainsi de la vie, avait-il confusément prescience de sa mort si proche ? « On n’a pas coutume d’écrire ses Mémoires à trente ans », convenait Brasillach en septembre 1939, mais il lui semblait « indispensable » de s’exprimer sur « une époque désormais close, vingt-cinq ans après l’autre, sur le recommencement de tant d’erreurs et de folies », dont il voulait « fixer les traits ». « Je voudrais qu’on pût lire [ce livre] comme une histoire plus vaste que la mienne, encore que je désire m’en tenir à ce que j’ai vu… Je voudrais qu’on pût respirer ici le souvenir d’un temps particulier. Ce temps [est] notre jeunesse, il est notre avant-guerre à nous. »
Pendant laquelle il noue de longues et fraternelles amitiés — avec Maurice Bardèche, bien sûr, qui épousera sa sœur Suzanne, mais aussi Georges Blond, José Lupin ou Thierry Maulnier. Son talent et sa culture lui ouvrent toutes les portes, des vicomtesses comme des académiciens (Charles Maurras ou Jacques Bainville), des cinéastes (René Clair) et de comédiens mythiques comme les Pitoëff. Mais les ombres s’accumulent avec l’affaire Stavisky, le massacre du 6 février 1934, la guerre d’Espagne, l’avènement du Front populaire et l’Anschluss de l’Autriche (« Plutôt l’Anschluss que les Habsbourg », avait pourtant lancé alors Edvard Bénès, président de la République tchèque, qu’il devait offrir aux Soviétiques après 1945).
Peu germanophile à l’origine, le Catalan est sensible en revanche à l’espoir que constitue « le fascisme immense et rouge » qui, en Italie, sait si bien allier traditions et futurisme, avec sa révolution industrielle (grâce à laquelle ce pays sera encore, après l’écroulement de la Seconde Guerre, la septième économie mondiale). Les leaders « fascistes » qu’il rencontre, Jose Primo de Rivera ou Léon Degrelle, ont plus ou moins son âge. Et, comme la plupart de ses contemporains dont les pères ou les oncles sont morts dans les tranchées ou en sont revenus mutilés et anéantis par le souvenir des horreurs subies ou commises, il refuse la perspective d’un nouveau conflit, à n’en pas douter plus cataclysmique encore. On ne peut en effet comprendre l’itinéraire des pacifistes, puis des collaborateurs, si l’on persiste à ignorer le traumatisme subi par les vétérans de 14-18 et les jeunes gens dont tant se retrouvèrent orphelins — tel Brasillach, né d’un père officier de carrière fauché dès 1914.
Or, résultat redouté des traités scélérats imposés à la fin de la « Der des der », arrivent « les orages de septembre » (1938). Après l’Anschluss, c’est la région des Sudètes, à forte majorité germanophone, qu’Adolf Hitler veut ramener au sein du Reich. Ce sera, « née de cette Tchécoslovaquie hétéroclite » et qui se dissoudra d’ailleurs après la chute de l’Union soviétique, la « guerre blanche » que « l’on sentait approcher depuis des mois » et qu’avaient prédite « des devins, comme Jacques Bainville ». Réserviste, le lieutenant Brasillach doit rejoindre un cantonnement en Alsace, où nul ne sait que faire ni où aller. Prélude à ce qui se passera pendant la « drôle de guerre », puis pendant la guerre tout court qui fauchera 120 000 hommes en quelques semaines. Et qui, tandis que les ministres du gouvernement Reynaud fuient Paris pour Bordeaux ou Alger, se soldera par des millions de prisonniers — dont l’écrivain qui ne retrouvera la liberté qu’en 1941. C’est mobilisé, puis prisonnier, que Brasillach écrit La reine de Césarée, pièce d’ailleurs profondément humaine sur les amours contrariés de l’empereur romain Titus et de la reine juive Bérénice, et surtout Notre avant-guerre.
« Chez lui, tout étonne… » : Publiée par Les Sept Couleurs ressuscitées, avec les encouragements de la famille Bardèche, par les Amis de Robert Brasillach (https://www.robert-brasillach.fr/lassociation/) qui, présidés par Philippe Junod, ont entrepris la réédition de tous les livres du fusillé du fort de Montrouge, la présente édition de Notre avant-guerre (1) jouit de deux atouts majeurs.
D’abord la stupéfiante iconographie réunie par David Gattegno (également auteur des notes et notices) pour illustrer le parcours, les rencontres et les découvertes de l’écrivain, nous faisant véritablement « vivre son temps », comprendre ses rejets et ses emballements, tant les documents exhumés sont en parfaite adéquation avec le texte.
Ensuite la préface à la fois érudite, éclairante et chaleureuse rédigée par le professeur Alain Lanavère, lui aussi ancien de la Rue d’Ulm. Saluant son aîné, « évidemment doté d’une culture aussi riche que sa mémoire » mais qui « n’hésite pas à se moquer doucement de lui-même », qui « est curieux de presque tout, et aime à admirer; les livres, la peinture, le théâtre, le cinéma, les paysages », « s’amuse des rencontres et des bizarreries de la vie, qu’il juge “baroques” », « aime les petites gens et les petits quartiers parisiens », Alain Lanavère conclut de manière pénétrante : « Chez lui, tout étonne… Ce n’est plus Brasillach qu’on lit, mais Robert. C’est pourquoi Brasillach disait que ses mémoires étaient un roman. Non que sa vie fût romanesque ni qu’il se crût un héros de roman ! Mais il pensait sans doute à cette sorte de romans, peu estimés des lettrés français, que sont les romans picaresques. »
Derrière Brasillach, découvrez donc vous aussi Robert, ce si brillant mais si joyeux compagnon qu’on aurait aimé connaître pour le suivre de Tolède à Nuremberg en passant par Collioure et Chartres. Et bien sûr le Quartier latin, où ce provincial s’épanouit — mais que, hélas, il ne reconnaîtrait plus aujourd’hui. Florence Dunois
BOULEVARD VOLTAIRE, Aristide Leucate :
[...] Écrivain doué, Brasillach s’était essayé à tous les genres, du roman au théâtre, de la critique littéraire à la poésie jusqu’à l’histoire du cinéma... Couvrant les années 1925 à 1939, Notre avant-guerre se présente comme le roman authentiquement vécu d’un homme dont la trajectoire du nationalisme maurrassien au fascisme sera étroitement liée à cette « génération dans l’orage » écartelée entre le douloureux souvenir de la Grande Guerre et les funestes et illusoires promesses de celle qui s’annonçait à l’ombre immense et rouge du fascisme international.
Quel intérêt le lecteur d’aujourd’hui trouverait à ces mémoires vieux de quatre-vingts ans ? D’abord, sa langue poétique, parfois d’une suavité qui n’est pas, sans forcer le trait, sans quelques analogies avec le caressant soleil de Catalogne. Ensuite, et surtout, par la sublimation de cette « nostalgie banale » et l’extrême « sensibilité au passage du temps », ainsi que le souligne le préfacier. [...]
«Tout dans ce livre étonne», lance d’emblée Alain Lanavère dans sa préface… Tout étonne, bel et bien, à commencer par le fait que Notre avant-guerre est un chef-d’oeuvre de la littérature française, écrit en quelques mois, à partir de septembre 1939, alors que, venant d’avoir trente ans, Brasillach était mobilisé en Alsace.
Le livre semble un composé de poésie et de souvenirs jetés sur le papier, de notes désinvoltes: les toits de l’École normale supérieure; les coulisses d’un théâtre; une attitude de Charles Maurras; la délicieuse vitalité d’Annie Jamet; quelques notes de voyages. Tout d’émotion, mais avec un ton léger qui le rend si agréable à lire, ce travail de mémorialiste devient un véritable roman qui emporte le lecteur dans les dix années d’aventures d’un groupe de camarades inséparables.
De leur insouciante vie étudiante, ces jeunes gens épris d’art passent insensiblement aux joies de l’écriture, puis à celles du journalisme. À tant interroger l’époque, fatalement, la tentation leur vient d’y jouer un rôle, tandis que l’Italie fasciste attire, que l’Allemagne hitlérienne inquiète mais fascine et que l’Espagne entre en guerre civile.
Mais, comme dans une tragédie grecque, «le destin frappe à la porte»; le drame profond de Brasillach – la fuite de sa jeunesse – se confond avec celui de la Nation: la perte inéluctable de la paix… Cinq ans plus tard, le jeune nationaliste tombera sous des balles françaises.

Essayiste et romancier, Robert Brasillach (1909-1945) fit ses études au lycée Louis-le-Grand à Paris puis à l’Ecole Normale Supérieure. Très jeune, il devint le responsable de la chronique littéraire de L’Action française et l’auteur de plusieurs chef-d’œuvres littéraires. En 1939, il succédera à Pierre Gaxotte à la tête de l’hebdomadaire Je suis partout.
En 1945, victime des drames de l’épuration, il fut condamné à mort par une cour de justice et exécuté malgré une pétition signée et adressée au général De Gaulle par les plus grands écrivains français dont François Mauriac.