Joseph de Tonquédec un jésuite face à la modernité

Première biographie du grand philosophe jésuite ami de Claudel,  découverte d’un homme de foi, pionnier dans l’approche scientifique de la psychologie des profondeurs.

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L'HOMME NOUVEAU, N°1864, Pierre Benoit :

   Figure généralement oubliée (mal - gré un colloque universitaire récent), le père Joseph de Tonquédec, de la Compagnie de Jésus, a trouvé en Stanislas von Mellenthin son biographe. Ce faisant, celui-ci ne redonne pas seulement vie à une personnalité de la vie religieuse et intellectuelle française du début du XXe siècle, il plonge aussi son lecteur dans les grandes querelles de cette époque. Qu’il s’agisse du modernisme, de la condamnation de l’Action française en 1926, de la portée de certaines œuvres littéraires au regard de la foi et de la morale ou encore de la Nouvelle Théologie, Joseph de Tonquédec en fut l’un des acteurs au premier rang. Exorciste du diocèse de Paris, le jésuite analysa également les phénomènes mystiques. Dès 1924, Le Figaro pouvait ainsi le saluer en le désignant comme : « l’un des hommes les plus éminents de ce temps, à la fois vif et sage, lucide et malicieux, rêveur et sensé, grave quand il le faut, mais seulement quand il le faut, tout plein de cette allégresse qui emporte vers les conquêtes ». Né en 1868 et mort en 1962, Joseph de Tonquédec fut constamment aux avant-postes d’un siècle perturbé afin de défendre la vérité. Il était juste de pouvoir le redécouvrir. 

FRANCE CATHOLIQUE, Gérard Leclerc, 7 septembre 2026 : Le Père Joseph de Tonquédec, fervent défenseur de la foi. Jésuite, le Père de Tonquédec défendit l’intégrité du magistère contre une exégèse libérale qui s’attaquait à la solidité historique de la Révélation.

  Actualité de la crise moderniste : 

 Fort heureusement, un jeune chercheur, Stanislas von Mellenthin, vient de consacrer un ouvrage très complet à ce religieux éminent. Ce qui nous permet de prendre conscience des enjeux de l’affrontement de l’Église avec une certaine pensée moderne. Sans doute sommes-nous éloignés de ce qu’on a appelé la crise moderniste au début du XXe siècle (cf. FC n° 3830), avec l’intervention vigoureuse de saint Pie X, mais nous sommes toujours tributaires des mises au point doctrinales qui s’imposèrent alors. Il n’est pas inexact d’affirmer que cette crise « se poursuit bien après et constituera matrice intellectuelle du catholicisme contemporain ».

   Au cœur des affrontements d’alors, le Père de Tonquédec va jouer un rôle important, en s’affirmant résolument à l’encontre des nouveaux courants qui mettent en difficulté la réception de la foi. C’est l’intégrité du dogme qui est péril dans les perspectives évolutionnistes de la modernité, notamment sur le terrain de l’étude de l’Écriture sainte. Toute une exégèse libérale s’attaque à la solidité historique de la Révélation, tandis que, sur le terrain philosophique, l’influence de la pensée allemande (Kant, Hegel) remet en cause les fondements métaphysiques auxquels est attachée la tradition chrétienne à la suite de saint Thomas d’Aquin. En union étroite avec ses frères jésuites, le Père de Tonquédec pourfend ce modernisme défini par saint Pie X comme « le carrefour de toutes les hérésies ». Sa riposte se situe sur le terrain métaphysique où il réaffirme sa fidélité au thomisme. Ainsi s’en prend-il à Bergson et à Blondel, coupables de substituer au réalisme des formes de subjectivisme. Il n’y a plus de vérité certaine.

   Doit-on dire que le beau travail de Stanislas von Mellenthin appelle aussi un regard critique ? Favorable à celui qu’il nous fait découvrir, il ne laisse pas forcément la parole à ceux qui ont défendu des positions différentes. N’y a-t-il rien à retenir de Maurice Blondel, qui inspirera nombre de théologiens de la génération suivante, sans qu’elle abandonne pour autant l’auteur de La Somme théologique ? Certains coups ne se sont-ils pas égarés quand fut suspecté de déviation doctrinale le fondateur de l’École biblique de Jérusalem, le Père Lagrange ? Il faut bien convenir que le magistère allait confirmer par la suite, avec Divino afflante Spiritu, l’encyclique de Pie XII (1943), les gains apportés à la connaissance de l’Écriture par le développement de l’exégèse scientifique. Mais il faut revenir à l’impression générale que laisse cette biographie d’un fils de saint Ignace, dont le legs est à reprendre en considération, ne serait-ce que dans sa mission d’exorciste, dûment informé de toutes les digues de la psychologie et de la conduite des âmes.

Au sommaire :

  • Préface
  • I. Enfance et formation d’un jésuite breton - . Un Breton, poète et dévot à la Vierge -  L’éducation jésuite et le collège Saint-François-Xavier de Vannes (1880-1886) La loi Falloux et le renouveau des écoles jésuites ; L’éducation jésuite ; Saint François-Xavier de Vannes, une fine fleur de l’enseignement ignatien au temps de l’anticléricalisme -  Mgr Freppel et l’Université Catholique de l’Ouest Un projet antilibéral ; Des maîtres thomistes et ultramontains ; Une influence jésuite… encore - Le choix de la Compagnie de Jésus et les années de formation Les jésuites au XIXe siècle ; Une formation outre-mer ; Quelle formation politique ?
  • II. Un jésuite thomiste et antimoderniste -  Un apostolat multiple Un apostolat pas seulement intellectuel ; Un apostolat thomiste -  Une oeuvre antimoderniste Le modernisme dans l’Eglise et l’antimodernisme jésuite ; Lutte contre Maurice Blondel ; Henri Bergson
  • III. Un jésuite dans le siècle -  La Grande Guerre (1914-1918) Une guerre rédemptrice ?-  L’Action française Une évidente proximité intellectuelle ; Un apostolat éclairé mais empêché. ; Le père Tonquédec et Maritain - Un critique littéraire Paul Claudel ; Bernanos ; Regard sur la littérature contemporaine ; Henri Ghéon, modèle des lettres chrétiennes -  Un exorciste rationaliste ? Un apologète de formation ; Pour une plus grande considération des sciences psychiatriques ; Un exorciste renommé
  • IV. Les combats théologiques d’un jésuite dans l’après-guerre -  Poursuite du conflit avec Blondel et ses disciples. Changement de cap au sein de la Compagnie ; Un blondélisme épuré ? ; Le père de Tonquédec en Compagnie blondélienne ? -  Face au néo-modernisme. Ce qu’est la nouvelle théologie ; Lutte contre la nouvelle théologie ; Inquiétudes face à la nouvelle ecclésiologie ; « Intégrisme hier et aujourd’hui » : opposition au cardinal Suhard ; Exit les fins dernières ? -  Les dernières années Une étonnante ténacité
  • Conclusion - Sources- Bibliographie

   Exorciste de renom, philosophe thomiste, spécialiste des philosophies de Maurice Blondel, d’Henri Bergson ou de Karl Jaspers, le père Joseph de Tonquédec (1868-1962) fut aussi un critique littéraire sensible au renouveau des écrivains catholiques de son temps. Il fut l’ami de Paul Claudel, Charles Maurras, Henri Ghéon et de nombreux écrivains de renom. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages tant philosophiques, littéraires que théologiques, il demeure pourtant injustement méconnu.

   Il fut pourtant un acteur et témoin privilégié des soubresauts de la vie intellectuelle et religieuse du premier XXe siècle, de la crise moderniste à la nouvelle théologie, en passant par la condamnation de l'Action française et l’analyse des phénomènes de la vie mystique.

Stanislas von Mellenthin, professeur et jeune chercheur en histoire, s'intéresse à l'histoire politique et religieuse de la première moitié du XXe siècle. Il signe ici son premier ouvrage.

Editeur : Via Romana
9782372712972

Fiche technique

Reliure
Broché, couverture souple
Parution
Août 2026
Nombre de pages
366
Hauteur
24
Largeur
16
Épaisseur
2.5
Poids en KG
0.596

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