Submersion - Poche
Un livre bref et incisif qui interroge nos pratiques d'hyperconnectés.
"Un texte qui nous incite à aborder l’avenir en renouant avec une approche humaniste de notre rapport aux autres et à nous-mêmes, tout en ne manquant, justement, ni de vues philosophiques ni d’élégance littéraire."
ACTION FAMILIALE ET SCOLAIRE, 3 février 2025 :
Président de la chaîne de télévision Arte, Bruno Patino est l’auteur de plusieurs essais décryptant les affres du monde numérique qui nous a envahi, et semble même désormais nous diriger. Tout est résumé dans le titre de cet essai.
Nous habitons le réseau dans l’illusion de la toute puissance. Nous pensons avoir accès à une infinité de musiques, films, séries, livres, actualités et rencontres. Mais nous n’arrivons plus à choisir. L’attente a disparu, et avec elle le manque, le désir et le rêve. Nous voici submergés, privés de liberté, réduits à nos données.
Dans ce monde numérique, tout est enregistré, tout est conservé, tout est accessible. Il n’y a plus de droit à l’oubli, mais il n’y a plus de capacité à choisir : Tout est là, et tout, c’est beaucoup trop. L’histoire n’a plus de poubelle, l’oubli est au chômage, l’usure un concept ancien. Comme des dieux, nous pouvons à loisir, naviguer entre tout ce qui a été, un jour, enregistré, mixé, produit, sans faire de différence entre ce qui est récent et ce qui est ancien. Mais la majesté du permanent efface la fragilité de l’éphémère. Il faut choisir quand il faudrait dormir. Et c’est alors qu’arrive la conscience du flot, du déluge, du tsunami qui se cache derrière l’écran minuscule. Et que s’annonce une autre fatigue, qui n’a, elle, pas d’échappatoire. Je suis le roi, je peux tout choisir, mais je suis fatigué à la simple idée de devoir le faire. (…) Quelque chose s’est passé. Quelque chose a changé. Le monde de l’offre limitée nous laissait croire en la capacité illimitée de notre cerveau à choisir. L’époque de l’offre infinie nous confronte désormais à la réalité de nos limites personnelles. Nous n’étions pas si grands. Voici venu le temps de la submersion. Voici venu le temps du choix rendu impossible.
Au temps de l’analogique, accéder à la donnée sollicitait un effort : choisir un livre et tourner les pages, sortir délicatement un disque 33 tours de sa pochette et le retourner au bout de 20 minutes... L’arrivée du numérique et de la miniaturisation permirent d’entasser de grandes quantités de données sur des supports mobiles (stockage de musique, liseuse…). Puis l’arrivée du Smartphone amorça l’époque de la connexion permanente : Notre lien au réseau n’est plus limité dans l’espace, il n’est donc plus limité dans le temps. L’écran devient omniprésent. Les réseaux sociaux qui se créent au même moment lancent la conversation universelle, le grand mélange de tout et de tous, les sollicitations ininterrompues pour nourrir les liens. Et la montée en puissance du modèle publicitaire fondé sur les données personnelles (la publicité ciblée) fait décoller l’économie de l’attention numérique et encourage le recours à tous les instruments visant à développer notre assuétude aux écrans (la "captologie"). Le mouvement qui s’ouvre à ce moment associe deux phénomènes qui se complètent : la capacité humaine de copier et de créer, et la capacité de faire circuler, c’est-à-dire de viraliser, semblent tendre vers l’infini. Notre époque est l’époque des propagations.
Pourtant, loin de nous rassasier, ce flot de contenus à portée de main nous lasse : Nous passons en moyenne 100 jours d’une vie à décider ce que l’on va regarder. 100 jours. Auxquels il faudrait rajouter les jours passés à décider ce que l’on va écouter, lire, utiliser, etc. Toute une vie d’indécision et de passivité. (Devant cette difficulté à choisir) chacun de nous se retrouve au croisement de trois chemins complémentaires : le renoncement, la délégation, ou la fuite. Avec un seul et même ressenti : la fatigue.
Ainsi fatigués, nous déléguons nos choix à une économie numérique qui n’attend que cela ! Et qui se réjouit… … que nous consentions à ce qu’elle souhaite nous imposer. (…) Nous déléguons nos décisions à une formule mathématique qui calcule nos préférences à partir de nos données personnelles, qui "prémâche" nos choix pour éviter la fatigue décisionnelle, organise notre environnement comme une grande application de rencontre. L’Intelligence Artificielle nous fait "matcher" avec un livre, un menu, une voiture, un ami, un métier, un appartement, un film, une raison de s’indigner, un choix d’orientation scolaire, une recette de cuisine, une philosophie, un vêtement, une chanson, un choix politique, une paire de chaussures, un amour, une série télé, une information, une divinité. Rencontre immédiate, et plus si affinités, sans lendemain si nécessaire, et, finalement, sans envie. Une double illusion s’installe. La première, c’est que cette délégation nous libérerait de nos limites ; la seconde, c’est de penser qu’elle serait fidèle à ce que nous sommes.
Alors, quelle issue peut-on trouver pour s’extraire de ce labyrinthe, de ce tourbillon pour retrouver le goût de l’imprévisible ? Et ainsi « être en mesure de faire des choix, chercher quelque chose que l’on ne trouve pas, trouver quelque chose que l’on ne cherche pas. » L’auteur nous présente plusieurs pistes, non dénuées de profondeur religieuse : - reprendre la maîtrise du temps et du choix : retrouver le goût d’achever une lecture ou un visionnage en retrouvant le 12 YouTube propose 500 h de nouvelles vidéos chaque minute. Il faudrait 30 000 ans pour regarder la production d’une année ! 69 AFS 303 plaisir d’avoir "terminé", c’est-à-dire sans être automatiquement dirigé vers un autre contenu : - déconnecter, remplacer la « peur de passer à côté » par le « soulagement de passer à côté » ; - philosopher, afin de faire preuve de discernement.
La sagesse et la philosophie, la pause et le silence sont et seront, bien au-delà de la technique, les forces qui permettent de maîtriser les possibilités extraordinaires du réseau pour les tourner à notre avantage. Naviguer la submersion se fera grâce à elles. Alors, seulement, serons-nous en mesure de faire face à la multitude.
BEAUX ARTS MAGAZINE / Une synthèse remarquable et une analyse précise, riche d’enseignements.
« Nous avons perdu la nuit. Les écrans sont arrivés, et avec eux la connexion permanente. Voici venu le temps de l’aube perpétuelle. De la lueur bleutée qui jamais ne s’éteint. Éveillés, hagards, hébétés, nous sommes irrémédiablement attirés par leur lumière. Finies les insomnies, place à l’a-somnie et aux veilleurs sentinelles. Je suis l’un d’entre eux. » Nous habitons le réseau dans l’illusion de la toute-puissance. Nous pensons avoir accès à une infinité de musiques, de films, de séries, de livres, d’actualités et de rencontres, mais nous n’arrivons plus à choisir. L’attente a disparu et, avec elle, le désir et le rêve. Nous voici réduits à nos données. Tout est-il déjà écrit ?
Après le très grand succès de La Civilisation du poisson rouge et de Tempête dans le bocal, Bruno Patino revient avec un essai brillant et personnel, qui dessine une issue dans le torrent numérique.
Fiche technique
- Reliure
- Broché
- Parution
- mai 2025
- Nombre de pages
- 128
- Hauteur
- 18
- Largeur
- 11
- Épaisseur
- 1.1
- Poids en KG
- 0.110