Mon Amérique à moi - De la prohibition à l'après-guerre
Textes réunis et présentés par Jean-Pierre Cousteau.
Un quart de siècle d’Amérique vu par un grand esprit français à la plume caustique et incisive.
"On oublie toujours, en s'étonnant que les hommes d'Etat américain commettent d'aussi grossières erreurs, qu'ils sont presque toujours déterminés non par la raison mais par une foi illimité dans la démocratie et que leurs erreurs ne sont pas de vulgaires erreurs humaines, mais des erreurs issues de cette mythomanie. Ils ne se trompent pas parce qu'ils sont américains. Ils se trompent parce qu'ils sont démocrates.
On s'en consolerait aisément si notre sort n'était pas en jeu. S'opposer au bolchevisme par le libre accès de la démocratie, c'est assurer tôt ou tard le triomphe du bolchevisme." P.-A. Cousteau. - Rivarol 7 août 1958.
LE SALON BEIGE, 15 mai 2026 :
Frère du commandant Jacques-Yves Cousteau, Pierre-Antoine Cousteau (1906-1958) fut un journaliste prolixe et les éditions Via Romana publient un recueil de ses articles sur les Etats-Unis d’Amérique, où l’auteur séjourna plusieurs fois. Ces textes couvrent la période 1930-1958. PAC ayant vécu, à 14-15 ans, une année de scolarité à New York, une deuxième année à 23 ans, en 1928-29, parlait non pas l’anglais mais l’américain, accent et argot inclus. Il fut chargé, notamment par Je suis partout mais pas seulement (Candide, L’Homme…) de reportages made in USA. C’est la première partie de ce livre : lynchage des Noirs de Scottboro, Ku Klux Klan, la prohibition, la police, Al Capone, Dillinger… Les deuxièmes restent des reportages mais prennent une tournure plus personnelle ; on le sent libre d’écrire ce qu’il pense avec son cœur : Roosevelt, Ford, la presse de Hearst, la guerre de Sécession… Les troisièmes, années 1940, sont devenus politiques. Il se passe des choses en France, en Allemagne, dans le monde. Finis les reportages, c’est le rédac-chef, le polémiste qui parle. Les quatrièmes, écrits à Clairvaux, n’ont été publiés que dans son Journal de prison, Intra Muros. Les cinquièmes sont ceux d’après sa libération, 1954-1958. Articles polémiques hebdomadaires, ainsi que quelques « interviews bidon » signées Alcide Jolivet.
Sur la guerre de Sécession, il démonte une intox qui perdure :
Lorsqu’on nous explique, à l’école, que l’esclavage fut la cause et l’enjeu de la guerre de Sécession, on se moque effrontément de nous. La guerre de Sécession fut une guerre de tarifs douaniers. Pas autre chose. Le Nord était protectionniste, le Sud libre-échangiste. Le Nord s’est rapidement industrialisé, il avait besoin pour ses produits manufacturés d’une forte protection. Le Sud, au contraire, vivait de ses exportations de coton, trouvait plus avantageux d’acheter ses machines et ses étoffes dans les pays d’Europe où il écoulait ses récoltes. Mis en demeur de subir la loi du nombre, le Sud, à plusieurs reprises, menaça de se retirer de l’Union. C’eût été pour les businessmen yankees une catastrophe : ils eussent perdu à la fois d’immenses débouchés commerciaux et l’accès à la mer par le Mississippi – The old man river – dont le contrôle est indispensable à la prospérité du Middle West. Chaque fois, un compromis plus ou moins satisfaisant permit d’ajourner provisoirement le conflit. D’année en année cependant, la querelle devint plus aigüe, la sécession plus menaçante. Or il était bien évident que les nordistes n’accepteraient jamais un divorce, qu’ils iraient jusqu’à la guerre, s’il le fallait, pour maintenir l’Union et conserver leurs clients. Seulement, une guerre pour des tarifs douaniers, ça n’est pas très avouable. Il est beaucoup plus reluisant de proclamer que l’on se bat pour la fraternité humaine, le droit, la justice, la liberté, la démocratie et la libération des esclaves. La libération des esclaves fut l’alibi des businessmen yankees.
Plus loin, l’auteur évoque le roman Autant en emporte le vent paru en 1936 :
Autant en emporte le vent, c’était, pour nous, la révision d’un vieux procès que les libéraux barbus croyaient définitivement gagné. C’était aussi la clé de l’énigme américaine. Car il y a une énigme américaine : comment expliquer qu’une jeune nation riche de tant de promesses ait si mal tourné, qu’elle soit devenue dans toutes ses manifestations si parfaitement odieuse ? Après avoir lu Autant en emporte le vent, on comprend : avec la débâcle des sudistes, c’est la civilisation qui a disparu du Nouveau Monde, c’est la barbarie puritaine, hypocriste, démocratique et mercantile des Yankees qui a triomphé, qui s’est imposée dans les quarante-huit Etats. Sans Lincoln, ce vieux fourbe, sans le général Grant, cet ivrogne corrompu, Roosevelt ne serait pas possible. L’abomination américaine est l conséquence inévitable de le reddition d’Appomattox. C’est cela surtout que j’avais retenu d’Autant en emporte le vent, une revanche sur l’imbécilité prétentieuse et sordide de La Case de l’oncle Tom…
LE NOUVEAU PRESENT, Claude Lorme, 5 septembre 2025 : Quand P.-A. C. nous faisait découvrir l'Amérique...
Un pays que Pierre-Antoine Cousteau connaissait parfaitement pour y être venu à 14 ans dans les bagages de son père, y avoir étudié puis travaillé deux ans tout en lui consacrant maints reportages.
Avant de devenir PAC pour ses amis de Je suis partout, le futur auteur des Lois de l’hospitalité avait, comme beaucoup de journalistes débutants, écrit dans des magazines très divers dont Ric & Rac ou Noir & Blanc. Hebdo dit « le journal des coiffeurs » du temps où j’y sévissais dans les années 70 de l’autre siècle (sous la direction du Normalien Jean Valdeyron, ancien condisciple et toujours ami du président Pompidou comme de Maurice Gaït, directeur de Rivarol), mais qui avait l’avantage de bien payer.
Dédaigneux de la « grande politique », ces organes privilégiaient le sensationnel. En pleine prohibition, période faste à l’édification de fortunes aussi soudaines que gigantesques, celle de Joseph Kennedy par exemple, le public français se passionnait pour les gangsters de Chicago et de la côte Est, et PAC leur en donnait pour leur argent. Sans crainte de tirer à la ligne et de se répéter d’une feuille à l’autre — ce qui aurait exigé une sélection plus sévère des articles retenus par son fils. et de la côte Est, et PAC leur en donnait pour leur argent. Sans crainte de tirer à la ligne et de se répéter d’une feuille à l’autre — ce qui aurait exigé une sélection plus sévère des articles retenus par son fils.
De même, contrairement à Brasillach et à Rebatet, PAC venait-il de la gauche. Rien d’étonnant, donc, si, dans ses papiers de la première période, il raille les cortèges « burlesques » du Ku-Klux-Klan et manifeste une certaine sympathie pour F. D. Roosevelt, alors candidat démocrate à la Maison-Blanche contre le sortant républicain Herbert Hoover. Faiblesses dont il devait se défaire après avoir intégré en 1932 l’équipe de Je suis partout, dans une évolution politique très intéressante à suivre. Mais le style — vif, imagé, ironique, voire corrosif, dont l’originalité éclate dès ses quelques lettres d’adolescent reproduites dans le volume — restait inchangé.
Sous sa plume, on voit littéralement vivre la civilisation américaine (système politique, presse, publicité, taylorisation, corruption) et les Américains, avec leurs ridicules, leurs qualités, la serviabilité par exemple, et leurs (nombreux) défauts. Dont l’agaçante conviction que leur nation est la plus grande et la plus « vertueuse, humaniste et philanthropique » in the world et leur foi inébranlable en la démocratie érigée depuis les Pères fondateurs « par le peuple et pour le peuple ».
Persuadés que sur le sol américain, les Espagnols éradiquèrent tous les natives (ce que dément la démographie du Cône Sud) et stigmatisant pour cela toute colonisation, ils ignorent ou veulent ignorer comment, en moins d’un siècle, les modestes Etats-Unis du grand Benjamin Franklin et de l’illustre Washington — par ailleurs propriétaire de plantations employant nombre d’esclaves — sont passés de treize à quarante-huit en faisant presque table rase des tribus amérindiennes comme des bisons qui occupaient les immensités s’étendant de l’Atlantique au Pacifique. Condamné à mort en 1946, gracié par le président (socialiste) Vincent Auriol, finalement libéré du bagne de Clairvaux en 1953, reprenant du service à Lectures françaises (cofondé avec Henry Coston) et à Rivarol, il écrira ainsi le 8 septembre 1955 dans cet hebdomadaire avec causticité : « Puisque, aujourd’hui, les Américains trouvent tellement scandaleux que nous soyons à Alger et à Rabat (bien sûr, on peut nous reprocher de ne pas avoir réglé le problème avec une rigueur aussi scientifique que les puritains bibliques de la Nouvelle Angleterre ), ils ne vont pas tarder, par simple honnêteté intellectuelle, à trouver scandaleux d’être eux aussi à Chicago ou à Detroit. Et, de cette constatation de fait, la notion de restitution découle tout naturellement. »
Un regret : l’absence dans cette anthologie d’« Être ou ne plus être », texte certes bien connu (Rivarol l’édita en tiré à part), mais qu’on ne se lasse pas de le relire car c’est l’un des meilleurs articles (et l’un des derniers) de Pierre-Antoine Cousteau, Certes, ce quasi-testament s’adresse aux Français menacés selon lui de grand remplacement — comme on devait dire un demi-siècle plus tard — mais c’est à la lumière de la mélanisation constatée aux Etats-Unis que, dès 1958, il exprime cette angoisse. La même angoisse qui l’avait incité, malgré son rejet viscéral des pompes hitlériennes, à considérer que l’Allemagne du IIIème Reich « représentait, malgré tous ses crimes, la dernière chance de l’homme blanc ».
RADIO COURTOISIE, Au fil des pages de Benoît Mancheron, 6 août 2025
Ces textes consacrés à l’Amérique couvrent la période 1930-1958, du début dans le grand journalisme de Pierre-Antoine Cousteau (1906-1958), à celle de sa mort. Ils représentent cinq périodes de sa découverte de l'Amérique – mais aussi des turbulences du nouveau maître du monde.
Les premiers sont des reportages. PAC ayant vécu, à 14-15 ans, une année de scolarité à New York, une deuxième année à 23 ans, en 1928-29, parlait non pas l’anglais mais l’américain, accent et argot inclus. C’est donc lui, bien que non encore grand reporter et encore moins rédacteur en chef, qui fut chargé, notamment par Je suis partout mais pas seulement (Candide, L’Homme…) de reportages made in USA. C’est la première partie de ce livre : lynchage des Noirs de Scottboro, Ku Klux Klan, la prohibition, la police, Al Capone, Dillinger…
Les deuxièmes restent des reportages mais prennent une tournure plus personnelle ; on le sent libre d’écrire ce qu’il pense avec son cœur : Roosevelt, Ford, la presse de Hearst, la guerre de Sécession…
Les troisièmes, années 1940, sont devenus politiques. Il se passe des choses en France, en Allemagne, dans le monde. Finis les reportages, c’est le rédac-chef, le polémiste qui parle.
Les quatrièmes, écrits à Clairvaux, n’ont été publiés que dans son Journal de prison, Intra Muros.
Les cinquièmes sont ceux d’après sa libération, 1954-1958. Articles polémiques hebdomadaires, ainsi que quelques « interviews bidon » signées Alcide Jolivet.
Un quart de siècle d’Amérique vu par un grand esprit français à la plume caustique et incisive.


Frère du commandant Jacques-Yves Cousteau, Pierre-Antoine Cousteau 1906-1958 est un journaliste et écrivain dont Jean Galtier-Boissière dit qu'il fut le plus brillant de sa génération.
Via Romana a publié en 2013 son Proust digest, préfacé par Lucien Rebatet, ainsi que Hugothérapie en 2015, et sa biographie Pierre-Antoine, l'Autre Cousteau par son fils Jean-Pierre Cousteau.(Photo Jeune nation)
Fiche technique
- Reliure
- Broché, couverture souple
- Parution
- 25 juin 2025
- Nombre de pages
- 336
- Hauteur
- 24
- Largeur
- 16
- Épaisseur
- 2.9
- Poids en KG
- 0.501