Esquisses d'Exil
Le grain tombé entre les meules, 1974 - 1978 Tome 1
" Je pensais que je n'aurais plus de suite à donner au Chêne et le Veau : si l'écrivain n'est plus sans logis, s'il n'a plus besoin de courir d'un toit étranger à un autre, si ses manuscrits restent tranquillement exposés à la vue dans différentes pièces sans qu'il doive les cacher dès que quelqu'un frappe, s'il peut en comparer sur une même table le début avec la fin et n'est pas contraint d'enfouir en terre l'ouvrage achevé - alors, si on en juge à l'aune soviétique, les esquisses de la vie littéraire sont arrivées à leur terme ? Il serait même malséant de les poursuivre ?
Je pensais placer une conclusion ainsi formulée à la fin des Invisibles.
Mais jamais vous ne savez ce que l'avenir vous réserve.
Me voici jugeant à l'aune occidentale et lancé à nouveau dans des esquisses - totalement inattendues, dans une nouvelle direction...
Comment faire pour vivre en Occident ?
La meule du KGB ne s'est jamais fatiguée de chercher à me broyer, j'ai l'habitude, mais il y en a maintenant une autre, celle de l'Occident, qui est venue se placer tout contre la première et travaille de son côté (ce n'est pas sa première attaque aujourd'hui).
Comment vivre ici ?
Dès qu'il s'agit d'affaires, de finances, d'organisation, je cours à l'impasse, à des pertes, à des complications inextricables, au point que par moments le désespoir me prend : il me semble que j'ai perdu toute raison, que je ne sais plus agir, que tout ce que je fais est erroné. Autant je m'orientais, à l'Est, d'un oeil sûr, autant je vais ici à l'aveuglette.
Comment s'y retrouver dans ce réseau de règles et de lois ?...
| Édition |
Fayard |
| Nombre de pages |
548 |
| Dimensions (cm) |
15,5 x 23,5 |
23.40 €
Au sujet de l'auteur
Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne est né le 11 décembre 1918 à Kislovodsk (Russie).
Mobilisé en 1941 dans les rangs de l'Armée rouge, où il avance de simple soldat au grade de capitaine d'artillerie, il est arrêté à la veille de la victoire pour avoir prétendument insulté Staline dans une lettre à un ami, et purge huit ans de détention et trois de relégation. Libéré en 1956, et réhabilité, il enseigne les mathématiques et la physique dans des écoles de campagne, et surtout veut porter témoignage.
En 1962, la parution d'Une journée d'Ivan Denissovitch, peinture véridique de l'univers du Goulag jusque-là tabou, dans la revue Novyi Mir (grâce à l'autorisation de Khrouchtchev), révèle un écrivain au monde entier. Après la chute de Khrouchtchev, la dénonciation des crimes de l'époque stalinienne est devenue impossible. Soljenitsyne, qui avait espéré publier son grand roman Le Premier Cercle - sur la vie des prisonniers politiques dans le camp privilégié de Marfino -, ne peut même pas le remplacer pour le Novyi Mir par Le Pavillon des cancéreux.
Ces deux livres paraîtront en Occident dans des traductions qui assureront la gloire de Soljenitsyne. Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 1970. Il l'accepte, déchaînant une tempête d'injures dans la presse soviétique, et se remet au travail, commençant à écrire l'épopée qu'il intitulera plus tard La Roue rouge, histoire romancée de la Révolution russe. En décembre 1973, paraît à Paris (en version russe) L'Archipel du Goulag, terrible condamnation de la répression exercée en Union soviétique sur des millions de citoyens et des peuples entiers.
Le scandale est énorme : en février 1974, Soljenitsyne est déchu de sa citoyenneté et expulsé de son pays. Il se fixe d'abord en Suisse, puis aux Etats-Unis, dans le Vermont, où il poursuivra l'écriture de La Roue rouge. A la chute de l'URSS, sa nationalité lui est restituée et il rentre en Russie, où il vit aujourd'hui, près de Moscou. Une partie de ses droits d'auteur est versée au fonds portant son nom, qui aide les anciens zeks (détenus).
Souvent contesté pour ses prises de position, Soljenitsyne reste celui dont la voix s'est élevée dans le silence du totalitarisme soviétique